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Ancien. duit insensiblement , il avoit augmenté de jour en jour , off GREGATION n'y reconnoissoit plus ni regularité ni discipline:les Religieux DE S.DENIS avoient même quitté l'habit Monastique & s'étoient transformés en Chanoines

pour vivre avec plus de licence. Hilduin qui en étoit Abbê en 815. aïant táché inutilement de les faire rentrer dans leur devoir , eut recours à l'autorité de l'Empereur Louis le Debonnaire qui l'an 828. y envoïa deux saints Abbés , Benoît d'Anjane & Arnoul de Nermoutier mais leurs remontrances ne servirent qu'à irriter davantage ces prétendus Chanoines , qui envoïerent dans un petit Monastere de leur dépendance , ceux de la Communauté qui n'avoient pas encore quitté l'habit Monastique. Les Evêques assemblés l'an 829. dans le Concile de Paris , résolurent d’emploïer leur autorité pour rétablir la Discipline Reguliere dans cette Abbaïe , mais les troubles excités l'année suivante furent un obstacle aux Ordonnances qui furent faites pour cela dans le Concile. Hilduin songeant toûjours aux moïens de réüffir dans son dessein,gagna en 831. Hincmar l'un de ces prétendus Chanoines , qui fùc le premier à s'offrir de prendre l’habic Monastique & à suivre les autres pratiques du Cloître ; quoiqu'il ne fut pas du nombre de ceux qui les avoient abandonnées , aïant toûjours porté l'habit de Chanoine depuis son entrée en Religion. Ils travail, lerent ensemble si efficacement pour la réforme de ce Monastere , qu'étant aidés par les Archevêques de Sens & de Reims & appuïés de l'autorité de l'Empereur , la Discipline Monastique fut enfin

par

leur moïen rétablie à saint Denys, Hincmar en fuc tiré quelques années après pour être élevé à la dignité d'Archevêque de Reims.

Hilduin pour affermir la Regle Monastique qu'il avoit rétablie dans ce Monastere avec tant de peine , voïant qu'une des principales cause de sa décadence, venoit de ce que les Abbés ne fournissoient pas aux Religieux les choses necessaires à la subsistance, partagea les biens de l’Abbaïe, & en assigna une partie pour l'entretien & la nourriture des Religieux. Le grand nombre de terre & de maisons qui sont marquées dans l'acte de ce partage, font connoître qu'elle étoit dès-lors , comme elle est encore aujourd'hui, la plus riche du Roïaume. Chaque Terre & chaque ferme avoit fa destination particuliere. Le revenu de quelques-unes devoit

FRANCE.

être emploïé pour vêtir les Religieux ; celui des autres , ou ANCIENNE pour asister les malades , ou pour la nourriture de la Com- GATION DE munauté , ou pour les réparations , ou pour les dépenses ex- DENISEN traordinaires, tant de l'Eglise , que du Monastere. Il y en avoit que l'Abbé cedoit entierement aux Religieux, d'autres sur lesquelles il donnoit simplement à prendre en especes, certaine quantité de bled , de vin , de fruits , de legumes , de miel,de volaille,de poisson & autres semblables choses

. Le Pere Mabillon rapporte dans ses Diplomatiques la Charte de ce partage par laquelle il paroît que l'Abbé Hilduin ordonna que l'on donneroit tous les ans aux Religieux tant pour eux que pour les Hôtes qui mangeoient au Réfe¿toire, deux mille cent muids de bled froment , neuf cens muids de seigle pour ses domestiques , deux mille cinq cens muids de vin pour lesReligieux , outre la biere pour les ferviteurs, trois cens muids de legumes , trente cinq muids de graisse , trente cinq Sesterces de beure , de la volaille , du bois , & autres choses dont il est inutile de faire ici le détail. Il

y eut un autre partage qui fut fait par l’Abbé Louis en 862. & confirmé par le Roi Charles le Chauve. Il paroît par ce partage que l'Abbé étoit obligé de fournir creize cens muids de seigle pour les serviteurs , & que pour en demeurer quitte , aus-bien

que

des trois cens muids de legumes, de vingt muids de graisse sur les trente cinq qu'il donnoit , de deux cens muids de sel, outre un muidq ue l'on recevoit aux salines , de cinquante muids de savon & autres denrées, de cent

ne masses de fer pour les faulx , de cent autres masses de fer pour les fourches , & autres choses qui étoient necefsaires pour les Ouvriers , il avoit abandonné aux Religieux quelques Terres & Seigneuries , mais qu'il étoit toûjours obligé de fournir deux mille cens muids de bled froment; pour faire leur pain , & qu'il consentoit que pour leur boisfon, ils joüiroient , comme ils faisoient depuis long-tems , de certaines vignes , à condition que si elles rendoient moins de deux mille cinq cens muids , l'Abbé seroit tenu de suppléer au reste. Mais il ne faut pas croire que le muid de vin fût aussi grand en ce tems-là qu'il l'est aujourd'hui , non plus Mabillon , que le muid de bled ; car par les Statuts qu'Adhalard Abbé Annal. Bede Corbie fit

pour
fon Monastere l'an 822. il paroît que

le muid de vin n'étoit que de seize septiers & chaque septier de casa

nedict.t.Il. pag. 4669 NE

à

ANCIEN: fix tasses , par consequent l’hemine qui contenoit demi sepGREGA tier étoit de trois tasses. A l'égard du muid de bled,l'on n'en TION DE devoit faire que crente pains : ces Statuts ne marquent point FRANCE. combien chaque pain peloit ; mais par la Lettre que Theo

demare Abbé du Mont-Caslin écrivit à l'Empereur Charlemagne, lorsqu'il lui envoïa l'hemine & le poids du pain, il est constant que chaque pain pesoit quatre livres , & fervoit

quatre Religieux : d’où il s'ensuit que le muid de bled ne devoit pas peler plus de six vingts livres, & qu'ainsi il étoit bien moins qu'un septier de Paris , qui en pese deux cens quarante. Ces

partages font connoître, qu'après cette réforme , les Religieux de saint Denis gardoient l'abstinence de la chair prescrite par la Regle de saint Benoît;toutefois avec les adoucissemens que le Concile d'Aix-la Chapelle y avoit apportés , puisqu'ils usoient d'huile de graisse dans leurs mets ordinaies au défaut d'huile d'olive, & qu'ils pouvoient manger de la volaille à certaines Fêtes de l'année. Quelques années avant ce partage l’Abbé Loüis aïant été

ses Normans,les Religieux donnerent pour sa rançon fix cens quatre-vingt livres d'or , & trois mille deux cens cinquante livres d'argent,qui reviennent à plus de six cens mille livres de notre monnoïe, sans compter plusieurs vassaux & leurs enfans qu’on fut aussi obligé de leur livrer. Ces Barbares s'emparerent

pour la premiere fois de cette Abbaïe l'an 865. & comme il n'y avoit rien qui s'opposât à eux , ils la dépoüillerent entierement de tous les dons précieux que nos Rois y avoient faits , aïant été pendant trois semaines , maîtres de ce Monastere , d'où les Religieux en se retirant avoient emporté heureusement avec eux les saintes Reliques. Charles le Chauve aïant pris l'an 867. l'administration de cette Abbaïe, après la mort de l'Abbé Louis, qui étoit son Chancelier & son parent, fit gloire de porter le nom & la qualité d'Abbé de S.Denis, & fit faire autour du Monastere, une enceinte de bois & de pierres en maniere de fortification pour empêcher que les Normans ne vinssent la piller une seconde fois ; mais les Religieux ne crurent pas ces fortifications assez fortes pour leur resister ; puisque dans le tems que ces infideles alliegeoient Paris l'an 887. ces Religieux se refugierent à Reims avec les Corps de leurs saints Pa

pris par

FRANCE.

trons, & plusieurs autres Reliques. L'an 912. le Monastere ANCIENNE
de saint Denis se voïoit encore à la veille d'être en proïe CATION DE
aux Normans , fi le Roi Charles le Simple n'eût pris le parti DENSEN
de s'accommoder avec Rollon leur Duc , qui se fit baptiser
à Rouen,comme nous avons déja dit ailleurs. Robert Comte
de Paris,qui étoit pour lors Abbé de saint Denis & qui fut
Roi de France dans la suite , le tint sur les fonds de Baptê-
me & lui donna son nom. Avant le Comte Robert, le Roi
Eudes en avoit aussi été Abbé, Hugues le Grand fils de
Robert le fut après lui , & enfin Hugues Capet , qui par un
motif de conscience rendit à ce Monastere ses Abbés Regu-
liers , étant persuadé que la cause du relâchement des Reli-
gieux ne venoit que de ce qu'ils n'avoient que des Laïques
pour Abbés. Ce Prince après avoir remis en Regle cette Ab-
baïe , jugea necessaire d'y rétablir le bon ordre. Il en fic
parler à faint Mayeul qu'il croïoit plus capable que person-
ne d'une telle entreprise. Ce Saint avoit quitté la Charge
d'Abbé de Cluny & vivoir fort retiré , ne pensant plus qu'à
se préparer à la mort ; il crut néanmoins devoir faire un ef-
fort pour fatisfaire son Prince, c'est pourquoi il se mit en
chemin; mais étant tombé malade à Souvigny, il y mourut.
A:nsi ce fut l'Abbé Odilon qui lui avoit succedé dans le
Gouvernement de l'Ordre de Cluny,qui fut chargé de cette
Commission qui , quoique difficile , futexecutée avec tout le
fuccès que l'on pouvoit actendre de fon zele.

L'ancienne Discipline y étoit encore fort relâchée, lorsque
Suger en étant Abbé, entreprit l'an 1123. de réformer les
abus qui s'y étoient glissés , & ausquels il n'avoit pas peu
contribué lui-même. Car n'étant que simple Religieux de
faint Denis, il avoit gagné les bonnes graces du Roi Louis
VI. & s'étoit abandonné à sa propre fortune, se laissant in-
troduire bien avant dans les affaires du siécle. Il suivoit ce
Prince par tout, même à l'armée,& vivoit plûtôt en Cour-
tisan qu'en Religieux. Après qu'il eût été fait Abbé,il con-
sinua de vivre comme auparavant, & même avec plus de
pompe & de magnificence ; l'on a même cru que saint Ber-
nard l'a voulu marquer , lorsqu'il se plaint dans son Apolo-
gie, d'un Abbé qui avoit pour l'ordinaire soixante chevaux
à la suite. Ce Saint l'en reprit avec une liberté Chré-
tienne , & Suger touché de les remontrances, renonça à la

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FRANCE.

ANCIENNE vanité passée, travailla à fe corriger lui-même,& à reformes: Congre les abus qui s'étoient glissés dans son Monastere, commenS.DE NISEN çant par retrancher tout ce qui ressentoit en sa personne la

pompe & les manieres du siécle. Il eut bien souhaité quitter entierement la Cour ; mais le Roi qui avoit besoin de ses conseils , n'y put jamais consentir. Obligé de rester malgré lui dans le Ministere, il parut à la Cour avec une modeltie qui édifioit toute la France. De cette maniere il persuada aisément la Réforme à ses Religieux. La ferveur & l'exactitude avec laquelle ils s'acquitcoient de tous lears devoirs, les mit bien-tôt en grande réputation ; & cette renommée fut suivie d'une fi grande prosperité, qu'il sembloit que toutes fortes de biens vinssent fondre en abondance sur ce Monastere : il ne fut jamais plus Aorissant que fous le gouvernement de l'Abbé Suger, qui en soûtint tous les interêts avec une fermeté tout-à-fait noble. Il lui fit reftituer le Prieuré d'Argenteuil , qui lui avoit appartenu originairement. Il sentra dans plusieurs biens qui avoient été alienés. Il redi. ma de la vexation, differentes terres opprimées depuis longtems ; & lon compte vinge-deux Terres & Seigneuries , qui furent beaucoup augmentées par les soins de cet Abbé. Pour conserver les Droits de son Abbaïe, & non par ostentation, comme quelques-uns l'ont avancé mal-a-propos ; il fit faire une Chafe au cei fs dans la forêt Iveline,où il passa une semaine entiere fou's des tentes,avec Amauri de Montfort,Sie mon de Neaufle, Evrard de Villepreux, plusieurs autres Seigneurs de ses amis , & quantité de Valfaux. Le gibier fut porté à faint Denis : on le servit aux Religieux convalescens & aux étrangers , qui mangeoient au logis des Hôces , & le reste fur distribué aux soldats de la ville. Il fonda aussi le Prieuré d'Effone , où il mit une Communauté de Religieux ; & celui de Chaumont en Vexin, fut à la confideration follmis à l'Abbaïe de saint Denis,

Le credit qu'il avoit en France augmenta encore davantage, lorsque le Roi Loüis VII. étant prêt de partir pour la Croisade l'an 1147. le nomma pour Regene du Roïaume pendant son absence. Ce Prince avoir relola avec le Pape Eugene 111. de réformer l’Abbaïe de fainte Genevieve: ' mais n'en aïant pas eu le tems, l'execution en fut refervée

Suger , qui s'en acquita de la maniere que nous avons

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