Page images
PDF
EPUB

VIGNES

tection du faint Siege , & approuva les Constitutions qui CHANOI avoient esté dressées pour cette Abbaïe , ordonnant qu'elles y LIERS DE seroient inviolablement observées. Il confirma toutes les do- , JUAN DES* nations qui leur avoient esté faites , & on leur en fit plusieurs dans la suite. Hugues Seigneur de la Ferté-Milon, & Helmide la femme, leur donnerent la Chapelle de saint Vulgis dans leur Chasteau, à condition qu'il y auroit toujours pour le moins trois Chanoines pour la desservir. Thibaut Comte de Champagne , leur fir don aussi l'an 1122. du Prieuré d'Ouchy, après en avoir fait sortir les Chanoines Seculiers. Buchard Evesque de Meaux, fic aussi sortir des Chanoines Seculiers du Prieuré de la Ferté-Gaucher x pour le donner à l'Abbaïe de saint Jean des Vignes. Ils ont encore deux autres Prieurés, fçavoir Montmirel & la Ferté-sous-Jouares , & plus de trente Paroisses ; & quoique les Benefices qui sont poffedés par

les Chanoines Reguliers, soient appellés Prieurés , il n'en est

pas de mesme parmi les Chanoines de faint Jean des Vignes , qui felon l'ancienne tradition de l’Abbaïe , n'ont que cinq.Prieurés qui lui foient annexés, & ausquels ils donnent ce nom à cause qu'anciennement ils estoient poffedés par des Chanoines Seculiers.. On ne laisse pas neanmoins de donner le titre de Prieurs aux Curés qui deffervent les Paroisses.

Le Pape Lucius III. par un Bref adressé à l'Abbé Huguesa, leur permit de mettre dans chacune de ces Paroisses trois out

pour

le moins ; le mesme Abbé. Hugues aïant voulu revoquer à sa volonté les Chanoines qui estoient pourveus de Cures, & en aïant fait revenir quelques-uns dans le Cloître, l'Evefque de Soissons , Nivellon, s'y opposa , à cause qu'en qualité d'Evefque Diocesain, il leur avoit confié le soin des ames dont ils.devoient luirendre compte. Ils remirent leur different entre les mains du Pape , & firent tous deux à cet effet le voïage de Rome. Urbain 1II. qui gouvernoit pour lors l'Eglise universelle , leur donna des Commissaires qui deciderent en faveur de l'Abbé : mais les Chanoines de faint Jean des Vignes appellerent de leur Jugement au Pape, disant

que

leur Abbé n'avoit pu sans leur consentement faire cette innovation qui estoit.contraire aux Privileges qui leur avoient elté accordés par plusieurs Souverains. Pontifes qui leur avoient permis de rester trois ou quatre Religieux dans ces Cures , dont l'un seroit seulement presenté à l’Eyesque:

[ocr errors]

quatre Chanoines

CHaNoi.
NES REGU
LIERS DE

DES Viso
GNES.

pour avoir la conduite des ames , & lui en rendroit compte ;

& qu'à l'égard de la discipline reguliere , ils devoient l'obeifa S. J EAN sance à l'Abbé. Hugues estoit ami d'Estienne de Tournai,

qui estant de mesme sentiment escrivit en sa faveur à Rome, mais la recommandation de ce sçavant homme n'eust aucun effet, & les Chanoines furent maintenus dans leurs droits, & on ne peut les faire sortir de leurs Benefices, ni les rappeller dans le Cloître, que pour de grands crimes : ce qui est de singulier dans cette Congregation, c'est que ces mesmes Beneficiers assistent à l'election du Grand Prieur de l'Abbaye de saint Jean des Vignes , n'y aïant plus presentement qu'un Abbé Commendataire , & qu'ils peuvent mesıne estre élus : mais certe superiorité ne dure que trois ans , après lesquels ils retournent à leurs Benefices.

Les peines qu’on imposoit aux Apostats, qui sont raportées dans les Chroniques de cette Abbaye , font bien connoistre quelle estoit l'observance estroite que l'on gardoit dans cette Congregation. Sous le gouvernement de l'Abbé Matthieu de Cuizy , un Religieux Apostat s'estant presenté pour subir la peine de son crime , il vint à la porte de l'Eglise dans l'habit qu'il avoit porté dans le monde ; l'aïant depouillé jusquà la chemile, il marcha nuds pieds, la teste decouverte , & tenant une baguette à la main, traversa toute la cour, & eltant arrivé au Chapitre, il se mit à genoux, demandant, les larmes aux yeux, pardon à l'Abbé en presence des Religieux, & suppliant qu'on lui donnast la discipline : ce qui aïant esté fait par le Prieur, on lui enjoignit pour penitence qu'il recevroit tous les jours la discipline , & qu'il se presenteroit à cet effet: que pour toûjours il feroit privé de voix dans le Chapitre: qu'il n'auroit place, soit au Cheur ou ailleurs, qu'après les Novices, & au dernier lieu : qu'il ne celebreroit point la Melse : qu'il mangeroit à genoux lur un petit banc au Refectoire : qu'on ne lui presenteroit que du pain noir & du vin rouge, avec un potage, à moins que le Prieur ne vouluft bien lui envoyer quelque chose de ce qu'on lui auroit presenté. Il fút dispensé au bout de six mois de manger à terre : mais tant qu'il vecut, il ne mangea qu’à la troisiéme table, qui estoit celle des Convers. Au bout de deux ans on lui permit de dire la Messe en particulier, mais jamais en public, & les autres peines lui furent imposées pour toûjours.

[ocr errors]

CHANOL,
NES REGU-

DÈS .
GNES.

Cette Abbaye fouffrit beaucoup de domages par les heretiques Calvinistes : l'an 1568. lors qu'ils prirent la ville de LIERS' DI Soiffons : il ruinerenr entierement le Monastere & l'Eglise , STAN emporterent les Vases Sacrés & tous les meubles, & contraignirent les Religieux de sauver leur vie par la fuite. Ces Chanoines vendirent ensuite beaucoup de biens pour rebastir l’Eglise. Le Parlemene de Paris ordonna que la quatrieme partie du revenu de l'Abbé seroit employée à cet effet : elle fut achevée l'an 1586.Durant cette guerre un des Chanoines nommé Savreux s'estant retiré de certe Abbaye, aïant esté chercherun azile en Espagne,fur dans la suite Chapelain du Roy, qui le pourveur d'une Abbaye en Sicile ; cette Abbé fit bastir un Hofpical à Madrid pour les François, dont il donna le gouvernement aux Chanoines de saint Jean des Vignes, qui à fa requisition envoyerent deux Chanoines, ils ont eité long-tems en poffeffion de cer Hôpital.

Ďans les titres de la fondation de faint Jean des Vignes , & dans les Lettres du Roy Philippes premier & de l'Évesque

de Soissons, Thibaut', qui confirment cette fondation ; il est marqué que le Preftre Cardinal du lieu, eft tenu de rendre raifon du foin qu'il aura eu de fes Paroissiens à l’Evefque

de Soissons, & à fon Archidiacre comme il faisoit au pasayant. L'origine de ces Cardinaux, selon Pierre le Gris , Chanoine de cette Abbaye, vient de ce qu'un Pape estant venu en cette ville , choisit douze Curés, tant de la ville que des environs, pour lui servir d'Assistans, & que dès ce tems-là ils commencerent à s'appeller Cardinaux. Ils s'affembloient le jour de saint Thomas pour choisir un d'entre-eux pour Superieur , & l'instaloient dans cette dignité le jour de saint Eftienne , afin que pendant cette année-là il presidast à leurs afsemblées , qui fe faisoient pour le moins aux Quatre-teis de l'année dans quelque Eglife, où l'on chanroit l'Office des deffunts, y aïant des revenus annexés à cet effet, dont ces douze Curés ou Cardinaux jouissoient. Bertin qui a fait les antiquités. de Soissons, dit que ces Cardinaux avoient esté ainfi creés, afin d'affifter l'Evefque de Soissons aux festes solemnelles , ce qui est bien vraysemblable. Dans l'ancien Pontifical écrit à la main, qui fervoir aux Evefques de Troyes, il y a plus de dix Fifquatre cens cinquante ans, il est aussi fait mention de Pref- tor

. demiese tres Cardinaux, qui ne font autres que les treize Curés de

Edit. Tots 2. PAZ 20.

ز

CHANOI nommés au Rituel manuscrit de la mesme Eglise , lesquels LIERS DE S. doivent encore aujourd'huy assister l’Evelque quand il conJEAN DES sacrele Cresme & les saintes Huiles le Jeudi laint, & à la beneVIGNES

diction solemnelle des foncs, les veilles de Paques & de Pentecoste. Paquier rapporte sur ce sujet , qu'en un Concile tenu à Metz fous Charlemagne ; il est ordonné

que

les Evesques disposeront canoniquement des titres de Cardinaux establis dans les villes & dans les fauxbourgs, c'est à dire des Cures ; & dans l’Abbaye de Saint Remi de Rheims, il y a eu de tout tems quatre Religieux Cardinaux appellés Principaux, parce que ce sont eux qui officient au grand Aurel dans les festes fo. lemnelles.

Les Chanoines de saint Jean des Vignes avoient autrefois la direction d'un College à Soissons, qui avoit esté fondé par Aubert Doyen de la Cathedrale ; mais cette Maison fut cedée aux Minimes l'an 1585. Le College de Beauvais à Paris. a esté fondé par le Cardinal Jean de Dorman, à condition que l'Abbé de saint Jean des Vignes auroit soin de ce College , & auroit droit d'y nommer les Boursiers, de les corriger , de les oster, d'avoir foin que la fondation fult executée ; & parmi les vingt-quatre Boursiers il peut y avoir un Chanoine. Il y a eu trente & un Abbés Reguliers. Après la mort de Pierre Bazin qui fut le dernier, le Cardinal Charles de Bourbon fut nommé

par le Roy; depuis ce tems là il y a tolljours eu des Abbés Commendataires. L'an 1566. la Mense Abbatiale fut separée

de la Conventuelle ; l'Abbé est premier Chanoine de l'Eglise Cathedrale de saint Gervais de Soissons. Cette Maison a toûjours regardé les Evesques de Soissons comme Superieurs ; elle n'a jamais esté unie à aucune Congregation, & n'a point fouffert de reforme estrangere ; elle fut enfermée dans la ville en 1551. sous le regne d'Henry II. elle a donné un suffragant à l'Everché de Soissons, & treize Abbés Reguliers à d'autres Abbayes , tant en France , qu'en Flandre & en Sicile.

Le Conseil de la maison est composé de quatre Anciens , ou Senieurs , qui sont élus dans les Chapitres Generaux ; is sont pris , tant du corps des Beneficiers, que de ceux qui composent la Communauté. Tous les ans à la saint Martin d'hiver, ils se trouvent à S. Jean des Vignes pour y recevoir les comptes du Procureur, tant des receptes, que des mises

de

ز

ز

de tous les revenus de la maison, comme aussi ceux du Tre-CHANOI sorier des receptes & mises du revenu de l'Eglise, & dans LuERS DE S. çette assemblée ils remedient aux abus qui peuvent s'estre ANRES glissés dans les observances regulieres.

Matines le disent toûjours à minuit dans cette Abbaye, & l'Office Caponial s'y fait pendant tout le jour avec beaucoup d'edification; on ny mange de la viande que trois fois la femaine, le Dimanche, le Mardi & le Jeudi; l'abstinence y est obfervée depuis le jour de saint Martin onze Novembre, jusqu'à l’Advent:; & depuis l’Advent jusqu'à Noël on jellne ; l'abstinence recommence à la Septuagesime, & le jeûne le Lundi d'après la Quinquagesime jusqu'à Paques. Les jours de jeûne, tant de l'Eglile que de la Regle, sont egaux pour la collation. Autrefois on ne pronoit rien le soir , à present on ya au Refectoire, après avoir entendu lire aux pulpitres qui sont dans le Cloître, un Chapitre de l'Imitation de JesusChrist: on y entre en habit de chœur ; chacun se met selon fon rang , & le dernier Novice, après avoit fait une profonde inclination au Grand Prieur , lui demande en latin la permission au nom de toute la Communauté de manger du pain ; on en sert à chacun, & on boit un peu de vin une fois seulement; on ne sert ny napes ny serviettes , ny portion de vin à ces collations , & en quelque tems que ce soit il n'y a ja, inais de recreation.

Ontient tous les trois ans le Chapitre General vers la feste de la Pentecoste. Quand le tems approche , le Grand Prieur de saint Jean envoye un mandement à tous les Beneficiers & Vicaires de la campagne, pour se trouver au Chapitre ; ils s'y rendent le veille du jour indiqué pour les premieres Veľpres; ils se trouvent tous à Matines à minuit. Le lendemain ils allistent à la procession en chappes; la Mesle du faint Esprit est ensuite chancée solemnellement, à la fin de laquelle on fe trouve au Chapitre, où après les prieres accoustumées, un Chanoine fait un discours en latin sur un point de la Regle, Le Grand Prieur parle ensuite fur le sujet du Chapitre, après quoi l'on procede à l'election d'un nouveau Grand Prieur, qui elt ensuite conduit au Palais Episcopal , pour avoir la confirmation de l'Evefque de Soillons ; ce Grand Prieur est triennal , & fait regulierement la visite pendant ces trois ans, dans tous les Benefices Reguliers qui depepdent de l'Abbaye. Tome II.

M

[ocr errors]
« PreviousContinue »