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Congre- une petite Eglise dediée en l'honneur de saint Ruf, que Be. SAISON noilt Evêque d'Avignon leur accorda du consentement de

son Chapitre , avec une autre Eglise dediée à faint Just & quelques terres qui en dépendoient', comme il paroist par l'acte de cette donation, daté du premier Janvier de la même année.

L'on confervoit dans cette Eglise de saint Ruf les sacrées reliques de ce Saint;qu'on prétend eftre fils de Simeon le Cya renéen dont parle faint Marc dans son Evangile; & l'ancienne tradition du païs eft qu'après la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres , les Juifs irrités de la Prédication de l'Evangile, challerent les Chrétiens,& mirent Magdelaine , sa sæur Marthe & leur frere Lazare avec plusieurs autres dont saint Ruf estoit du nombre, dans un Vaisseau sans voiles ni cordages, pour les faire perir dans la mer ; mais que la providence les conduisit aux costes de Provence , où estant débarqués, saint Lazare annonça l'Evangile à Marseille dont il fut fait Evêque, aussi-bien que saint Ruf à Avignon, qui eut cette Province en partage , & qu'après sa mort il avoit esté enterré dans cette Eglise qui avoit retenu sonynom.

Ce sentiment n'est pas universellement reçu, au contraire il est fort combattu ; inais quoiqu'il en soit, ce fut proche de cette Eglise, que ces Chanoines s'étant assemblés, & se conformant en toutes choses sur le modéle des premiers Chrétiens de Jerusalem , jetterent les premiers fondemens de cette Congregation , qui, à cause de cette Eglise de faint Ruf, en a pris le nom , pour se distinguer des Chanoines qui estoient restés dans la Cathedrale.

La vie exemplaire qu'ils menoient, qui consistoit dans une humilité profonde, une piece sincere , une pauvreté parfaite qu'ils accompagnoient de beaucoup d'austerités , leur attira bien-toft des compagnons qui se joignirent à eux, & cette petite demeure devint en peu de tems un grand édifice par

le nombre de Religieux & de Monasteres qui se multiplierena Il s'en forma une Congregation qui devint très-celebre , non seulement en France, mais même en Italie & en Espagne. Elle posseda plusieurs Abbaïes & Prieurés. Elle reçut plusieurs Privileges des souverains Pontifes. Elle obtine un omice Propre & des Constitutions particulieres , avec pouvoir d'élire : un General comme il se pratique dans tous les autres Ordres ;

GATION
DE S. RUF

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& enfin le Monastere de saint Ruf fut reconnu pour Chef de CONGREtoute la Congregation.

Il paroist par les anciennes coûtumes de cet Ordre, que la pauvreté dont ces Chanoines faisoient profession, estoit très grande aussi-bien que leur austerité, & que la discipline qui estoit gardée dans cette Congregacion", estoit très severe; car dans l'article qui regarde la reception des Novices, il est specialement recommandé de leur bien faire connoistre toutes ces choses , & combien il estoit difficile de soustenir ces observances : Et interim predicentur ei paupertas loci , afperitas do- Apud Eda mûs , feveritas disciplina , & quantus labor fit, in illius profef- rene de anfionis obferuatione , quàm gravis cafus in trangreffione , &c. riqorie. Eco

Lors qu'on leur avoit donné l'habit , celuy qui avoit soin def. Tom. de leur conduite & de les instruire des observances, devoit sus toutes choses leur apprendre à estre humbles, en sorte

que

le novice aux moindres mouvemens qu'il faisoit,devoit toujours donner des marques d'une grande humilité , ayant toûjours la teste baissée, ne regardant que la terre, & ayant toûjours dans l'esprit le Publicain de l'Evangile qui n'osoit lever les yeux au Ciel : in omnibus motibus suis fignum habere bumilitatis, caput submittere , terram afpicere, memor effe illius Publicani qui non audebat oculos fuos levare in cælum, fed percutiebat pectus fuum dicens : Deus propitius efto mihi peccatori.

Crescenze dit qu'ils suivirent d'abord la Regle de Saint Benoist ; mais il n'y en a aucune preuve, il y a plus d'apparence qu'ils suivirent exactement les decrets des Conciles de Rome qui avoient esté tenus pour la reformation des Chanoines , & qui les obligerent à la desapropriation parfaite; & qu'en fin ils se soumirent à la Regle de Saint Augustin après que le Pape Innocent II. eut ordonné dans le Concile de Latran de l'an

1139 que tous les Chanoines Reguliers s'y soumettroient

: en effet par la formule de leur profession qui est enoncée dans leurs anciennes coustumes , qui ne peuvent avoir esté écrites qu'après ce Coneile, il y est fait mention de la Regle de Saine Augustin :-Ego.frater N. offerens trado me ipfum Deo, Ecclefie fančti N. e promitto obedientiam fecundùm Canonicam ReguLam S. Augustini , &c.

Ces Religieux demeurerent auprès d'Avignon jusqu'à ce qu'ils furent contraints d'en sortir par la fureur des Albigeois

. Ces heretiques faisant de tems en tems des courses sur les Ca

que

CONGRE- tholiques commencoient par abbatre les Eglises,& les Maisons DA 5. Rur. Religieuses ; & estant entrés dans le Comtat d'Avignon en

1210. ils ruinerent de fond en comble l'Eglise de saint Ruf & son Monastere.

Les Religieux se voyant contraints d'abandonner ce lieu , vinrent à Valence en Dauphiné , & bastirent un superbe Monastere dans l’INe d'Eparviere qui en est voisine & que l’Abbé Raymond avoit achetée d’Eudes Evefque de cette Ville. Il dedierent pareillement l'Eglise à Saint Ruf, & establirent ce nouveau Monastere Chef de toute la Congregation à la place de celuy d'Avignon qui avoit esté ruiné.

Penot fait remarquer une faute que Chopin à faite en citant un Privilege d’Urbain II. adressé à l'Abbé de Saint Ruf près de Valence, quoy que cette Abbaye n'ait esté bâtie l'an 1210. c'est à dire cent quinze ans après. Mais Penot est tombé dans la mesme faute en rapportant une Bulle d'Innocent VIII. qui en confirmant tous les privileges que ses predecesseurs avoient accordés à la mesme Abbaye, cite d'abord celuy d'Urbain II.& fait mention que cette Abbaye estoit proche de Valence : Sane dudum fælicis record. Vrbanus Papa II. predeceffor nofter, omnibus in Monasterio, de ordine S. Rufi extra muros Valentie. au lieu d'extra muros Avenionenses,qui se trouve dans le mesme privilege rapporté par Messieurs de Ste. Marthe dans toute sa teneur , & qui est adressé à Arbere Abbé de S. Ruf en l'année 1096. Ils en rapportent encore un autre de Paschal II. de l’an 111s. adressé à Adelger troisiéme Abbé de Saint Ruf au Diocese d'Avignon ; & dans ces deux privileges il est fait mention de plusieurs Eglises qui dependoient déja

de cette Abbaye.Quant à çet Adelger que Meslieurs de Sainte Marthe comptent pour le troisiéme Abbé, il estoit le quatrieme selon le P. Colombi,qui rapporte une donation faite l'an 1108. de l’Eglise de saint Andeol à Lerbert son predecesseur , par Leodegaire Evesque de Vivier ; mais il se

peut

faire loit le mesme qu’Adelger. Cet Auteur ajoute que l'Abbé Adelger fut fait Evesque de Barcelonne l'an 1116. par le Pape Paschal II. & ensuite Archevesque de Tarragonne.

Enfin les guerres civiles ayant encore ruiné le Monastere d'Eparviere l'an 1563. ils transporterent pour la troisiéme fois le Chef de leur ordre dans un Prieuré qu'ils avoient dans l'enceinte de la Ville de Valence : l'Abbé General y porta

que ce Lebert

GATION

DE S. RUA

pour suc

les droits & la dignité du Monastere qui avoit esté basti dans CONGREcerte Isle, & le Roy Henry IV.approuva cette translation.

Cette Congregation estoit en sigrande estime dans le douziéme siécle,que celle de Ste.Croix de Conimbre en Portugal, dans le commencement de son establissement, envoya des Religieux à saint Ruf pour apprendre ses coustumes & sa maniere de vivre , afin de se former sur son modele ; & ce qui l'a rendu encore plus illustre, est d'avoir fourni trois Papes à l'Eglise : sçavoir Anastase IV. Adrien IV. & Jules II. Adrien estoit Anglois de nation & s'estant mis au service des Religieux de cette Abbaye, il fit tant par son esprit & par fa vertu, qu'il fut reçu au nombre des Religieux, & fut quelque tems après eleu General. Quelques affaires de son Ordre l'ayant obligé d'aller à Rome; Eugene III. qui reconnut fon merite le fic Cardinal, Evêque d'Albe & Legat à Latere au païs de Norvege, où il precha l'Evangile à ces peuples qu'il convertit à la foy de Jesus-Christ , & à son retour il fut eleu cesseur d'Anaftafe IV. & mourut à Anagnie en 1159.

Les Cardinaux Guillaume de Vergy, Amedée d'Albret , & Angelique de Grimoald de Grisac, fondateur du College de S. Rufde Montpellier,ont esté aussi de certe Congregation, qui a eu quarente cinq Generaux, du nombre desquels sont les trois Papes & les trois Cardinaux dont nous venons de

parler , avec Philippes Chambaliac Evêque de Nice , & Jean II. Patriarche d'Antioche. Berenger Evêque d'Orange estoit aussi de la mesme Congregation, aussi bien que Geoffroy Evêque de Tortose , & plusieurs autres.

Elle est presentement gouvernée par le R. P. D. De Va- : lernod, qui porte pour armes d'azur à un Croissant montant d'argent au Chef cousu de gueules chargé de trois roses d'or. Chaque General fait de ses armes le sceau de la Congregation qui n'en a point de particulieres. Ces Chanoines Reguliers sont vestus de ferge blanche avec une ceinture noire & une bande de linge en écharpe , & quand ils sortent ils ont un manteaua noir comme les Ecclesiastiques.

Augustin de Pavie met cinquante Abbayes de certe Congregation, outre les Prieurés qui n'estoient

pas seulement renfermés dans la France , mais qui s'estoient multipliés jufques dans les Provinces les plus eloignées. Le P. Thomasina remarque que l'Archevefque de Patras voyant son église aban,

GATION DE S. Rur.

nes ,

Conorr- donnée par ses Chanoines qui estoient feculiers , pria le Pape

Innocent III. de luy permettre de substituer en leur place des Chanoines Reguliers de saint Ruf, ce qu'il luy accorda; à condition qu'il donneroit à ces Chanoines des terres , des vignes , du bled, & du vin pour cinquante ou soixante personnes, du poisson & de l'huile à proportion'; des villages pour

leur fournir trois cens poules,deux cens brebis , & cent livres de cire tous les ans ; & que pour assister les pauvres & recevoir les hostes, il leur donneroit une certaine quantité de bonne terre , de beufs, de vaches, de veaux , & autant de vignes qu'il en faudroit par an pour la subsistance de dix person

des paysans pour en exercer la culture sans exiger de salaire, avec la moitié des revenus de l'Archeyesché en dixmes , mortuaires & aumosnes , à moins que les Chanoines Reguliers de saint Ruf, n’estant pas contens de ce parcage, n’aimassent mieux la moitié de tous les biens de l'Archevesché. Le Pape ordonna encore que l'exemple de l'Eglise de Patras pourroit estre suivi des autres Eglises Grecques, qui avoient embrassé il n'y avoit pas long-tems le Rit Latin, & que les Chanoines eliroient le Prieur qui seroit confirmé

par l'Archevêque.

Voyez Penot, Hift. trip. Canon. Reg. lib. 2. cap. 56. Silvest. Maurol. Mar. ocean. di tut.gl. Relig. lib. 1. pag. 5. Sammarth. Gal. Christ. Tom. 4. pag. 801. Chopin. lib. 2. Monaft. Titul. 1. num.20. Joan. Columbi. opufcul. Varia pag. 543. Herm. Hift. des Ord. Relig. Tom. 3. pag. 39.

CHAPITRE X.
Des Chanoires Reguliers de la Congregation de Saint Laurent

d'Oulx.

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E Monastere de saint Laurent situé proche d'Oulx, qui est un bourg

bourg du Dauphiné dans le Briançonois, & du Diocese de Turin , a donné le nom à cette Congregation. Selon l'ancienne tradition on pretend qu'ila esté basti avant la naissance de saint Benoist , & qu'il fut habité dès ce tems là par de faints Moines. Sa situation qui se trouve au milieu de plusieurs montagnes escarpées qui paroissent inaccessibles,avoit

donné

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