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Religieuse de l'ordre de la Congregation de Notre-Dame.

119:

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EIL' TECA

RELIGRU.
SES DE LA
CONGRE-
GATION DE
N. DAMS.

CHAPITRI

LXIV.

Des Chanoinesses Regulieres de la Congregation de Notre

Dame , avec la Vie de la V. M. Alix le Clerc Fondatrice premiere Religieuse de cet Ordre. Q

Uorque le R.P. Fourier soit l'Instituteur des Filles de

la Congregation de Nôtre-Dame, & qu'on ne lui puisse pas ailputer ce titre , puisque c'est lui qui a dressé leurs Conftitutions , qui leur a prescrit leur maniere de vivre, & qu'il a emploïé tous ses soins pour leur establissement ; néanmoins la V. Mere Alix le Clerc, qui a esté la premiere Religieuse de cet Ordre, a eu tant de part à cette sainte cuvre qu'on ne peut pas aussi lui en refuser le titre de Fondatrice.

Elle nâquit à Remiremont petite ville de Lorraine le deux Fevrier 1576. & ses parens qui estoient des premieres familles de ce lieu, l'éleverent dans la piecé & dans la vertu. Elle eftoit d'un naturel fort doux. La modestie qui paroissoit sur son visage lui attiroit l'admiration de tout le monde, & sa prefence imprimoit du respect & de la retenue à tous ceux qui la regardoient. Elle fut occupée néanmoins pendant sa jeunelle des vanités du monde , & elle s'ennuïoir dans cet estat fans en scavoir la cause. Son pere

estant tombé malade & eftant reduit dans une efpece de langueur , on lui conseilla de changer d'air pour le recouyrement de la santé. Il vint avec toute sa famille demeurer au village d'Hymont qui estoit une annexe de la Cure de Mataincourt. La jeune Alix en fut ravie , croïant par ce moïen se retirer du monde en s'esloignant des personnes qui l'entretenoient dans la vanité ; mais le voisinage de la ville de Mirecourt , qui n'est éloignée d'Hymont que

d'un
quart

de lieuë , l'engagea dans de nouvelles compagnies. Elle se sentit mesme plus de penchant à la vanité, & elle trouvoit dans ce lieu plus de contentement selon le monde qu'à Remi remont

Deux ans se passerent ainsi jusqu'à ce que le P. Fourier fut pouryeu de la Cure de Mataincourt. Il commença à prêcher Tome 11.

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RELIGIEU- regulierement tous les Dimanches & Festes avec son zele or-
CONGRE: dinaire , & mesme très souvent les jours de travail ; mais les
SATION DE oreilles de la jeune Alix estant bouchées par la vanité, & son

cæur couvert de tenebres , ne pouvoient encore recevoir les
lumieres ; néanmoins comme elle avoit beaucoup de devation
à la sainte Vierge, un jour qu'on celebroit une de ses Festes,
elle refolutifd'aller à confeffe & fit appeller le P. Fourier pour
ce sujet, qui se trouvant pour lors occupé , ne pur venirs & la
devotion de cette jeune fille se ralentit. Mais comme Dieu se
fert de plusieurs moiens pour nous attirer à lui , il permit quie
par trois Dimanches consecutifs l'orsqu'elle aslistoit à la
Messe de Paroisse., elle entendit en l'air comme le fon d'un
tambour qui lui ravissoit les sens. Aimant fort le diverciflement
& la dance, elle estoit fort attentive au fon de cet instrument
qui l'appliquoit entierement. Mais le dernier Dimanche son
esprit estoit fi fort occupé à entendre ce tambour ( comme
elle le dit dans ses efcrips ) que tout hors d'elle-mesme, il lui
fembla voir un Diable qui frapoit ce tambour, & une troupe
de jeunes gens qui le suivoient avec joïe. Ce que considerant
attentivement, elle resolut sur l'heure de n'eftre plus à ja-
mais du nombre de cette troupe ; & pleine de honte & de
confufion de s'estre laissée entraîner aux illusions du Demon,
elle quitta tous ses habits de vanité & prit un voile blanc sur
fa tette comme les finples filles du village le portoient lorf-
qu'elles vouloient communier, & fit væu de chasteté, ce qui
allarma ses parens & fit parler beaucoup le monde, d'autant
que la devotion estoit nouvelle à Mataincourt. Elle alla voir
ensuite le P. Fourier pour la premiere fois, afin de fe metre
sous fa conduite : elle lui fit une confession generale ; & sur
ce qu'elle lui témoigna le grand defir qu'elle avoit d'estre Re-
ligieuse, il lui proposa plufieurs Ordres où l'Observance Re-
guliere estoit exactement gardée. Mais elle ne se sentoit pas
appellée à ces Ordres qui estoient déja establis', il lui fembloit
au contraire que Dieu demandoit d'elle qu'elle en establistun
nouveau. Le Pere Fourier l'en detournoit toûjours, & lui con-
feilloit d'entrer plùtoft dans un Instiair déja approuvé par le
faint Sicge, fur la difficulté qu'il y auroit de trouver des fil-
les qui voulussent embraffer cette nouvelle vocation. Mais les
revelations qu'elle eut , jointes à celles du Pere Fourier, kui
firent commoistre que Dieu. approuvoit lon deffein ; & ce qui la

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ou

RELIGIEU
SES DE LA

fortifia dans sa resolucion , fut qu'en moins de fix semaines deux mois, trois filles vinrent l'une après l'autre la trouver CONGREpour lui dire la resolution qu'elles avoient prise d’estre Reli-SATION DE gieuses avec elle. Elle les mena aussi-toft au Pere Fourier, qui jugeant par là que Dieu approuvoit l'establissement qu'elle avoit projecté, consentit à ce qu'elles vécussent ensemble, & il leur prescrivit quelque maniere de vivre.

Cependant les parens de la mere Alix offensés des murmures & des calomnies que l'on faisoit contr'elle à cause de ces devotions nouvelles, la firent conduire dans un Monastere de Sæurs grises , qui sont des Hospitalieres du Tiers Ordre de saint François, & qui ne gardent point de clôture ; mais elle leur dit que Dieu ne l'appelloit point à cet estat , & qu'elle n'avoit aucune intention d'y demeurer, Elle dic adieu à ses Compagnes, & les assura qu'elle viendroit bien-toft les rejoindre. Elle escrivit au Pere Fourier pour lui procurer fon retour. Elle emploïa aussi le credit de Madame d'Aspremont & de Madame Fresnel Chanoinesses de Poussey , à qui elle avoit communiqué son dessein , & ces Dames foliciterent fi forcement auprès de ses parens , & les prierent avec tant d'instance de la laisser avec elles, qu'ils la leur accorderent. Elle alla donc à Poussey avec ses Compagnes la veille de la Feste du saint Sacrement de l'an 1597. & ce fut en ce lieu qu'elles jetterent les fondemens de la Congregation , s'exerçant en des prieres & des veilles continuelles. Elles commencerent à instruire les jeunes filles , & le P. Fourier fit approuver lannée suivante par M. l'Evesque de Toul les Reglemens qu'il leur avoic prescrits.

Elles ne demeurerent qu'un an à Poussey à cause que l'Abbelle & quelques Chanoinelses les obligerent d'en sortir , dans l'apprehension que quelques Dames de cette Eglise ne s'adonnallent crop à la retraite à l'imitation de ces saintes filles. Mais Madame d'Aspremont voulut eftre leur Protectrice en leur achetant une maison à Mataincourt dont la Mere Alix fut Superieure. Les habitans de ce lieu reconnoissant

peu

l'utilité & le profit qu'ils retiroient de la pieté de cette fainte Communauté où leurs enfans estoient enseignés gratuitement, ne voulurent pas ceder une maison plus

grande que celle qu'elles ' possedoient & que Madame d'Aspremont leur avoit achetée c'est pourquoi elle resolat de les envoïer à faint Mihiel dans

GATION DE
N. DAME.

RELIGIEU une belle maison grande & spacieuse qui lui appartenoit &
CONGRE.. qu'elle leur donna.
Elles sortirent de Mataincourt

pour

aller prendre poffeffion de cette nouvelle Maison le 7. Mars 1601. Eīles n'estoient encore qu'au nombre de quatre , scavoir la Mere Alix le Clerc, & les Mcres Gante André, Jeanne de Louyroir , & Claude Chauvenel: mais leur nombre s'augmenta peu de tems après. Madame d'Aspremont leur donna tous les meubles necessaires , avec une bonne provision de bled, & ordonna aux Marchands de la ville de ne leur rien refuser de ce qu'elles auroient besoin , promettant de les satisfaire. Elles ouvrirent ensuite leurs classes, & on ne peut comprendre les austerités qu'elles

pratiquerent pendant les six premieres années de leur establissement. Elles ne mangeoient le plus souvent qu'un peu de pain bis, des

fruits, ou de la salade, quelquefois des legumes où un potage assez mal assaisoné, & ne buvoient jamais de vin. Elles fouffrirent beaucoup de pauvreté dans le coinmencement, parce qu'elles ne voulurent pas se servir des offres de Madame d'Aspremont, & qu'elles ne vouloient pas qu'on fçust leurs besoins, afin de n’estre point à charge au Public, & avoir sujet de souffrir pour l'amour de Dieu. Elles s'abstinrent aussi de manger

de la viande, & auroient souhaité continuer ce genre de vie, si les RR.PP. de la Compagnie de Jesus n'eussent remontré au R.P. Fourier que cette austerité ne pouvoit subfifter avec le travail & l'instruction de la jeunesse. Elles vivoient aussi dans une obéissance très exacte fuivant les Reglemens provisionnels que le P. Fourier leur avoit dressés,qui furent encore approuvés par le Cardinal de Lorraine Legat du Pape, qui approuva auffi certe Congregation sous le nom de la B. Vierge, & leur en donna des Bulles l'an 1603.

La melme année la Mere Alix & la Mere Chauvenel fortirent de saint Mihiel pour venir commencer un second establissement à Nancy. Quelque tems après il s'en fit deux autres, l'un à Verdun , & l'autre à Pont-à-Mousson , où la Mere Alix fut en l'année 1610. pour en estreSuperieure;&après y avoir demeuré deux ans, elle alla aussi en la mesme qualité à Verdun, & ensuite à Chalons l'an 1613. pour y faire un pareił esta blissement.

Les Maisons se multipliant, les Meres, dans une assemblée qu'elles firent à Nancy l'an 1614. f our traiter avec le P. Fourier

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