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FOURIER,

façons , paroissant Regulier au-dehors & ne l'estant nullement VIE DUR.P. au dedans. Les desordres qui éclatoient tous les jours dans cet Ordre auroient pû dégouter une ame qui n'eut eu d'autre conduite que celle des hommes ; mais comme il estoit inspiré du saint Esprit, il n'y entra que pour détruire le vice & y planter la vertu.

L'Abbaïe de Chaumonsey entre Epinal & Dompaire, fut le lieu où il fut reçu ; & quoi que dans ce tems-là on n'entroit que par argent dans cet Ordre, & par la faveur ; néanmoins Dieu permit qu'encore qu'il n'eust dans cette Abbaïe, ni

parens , ni emis , il fut reçu au nombre des Novices, où il n'eut pas peu à souffrir ; puisque selon l'Auteur de sa vie , aslister à l'Office teste nuë , servir de mesme au Refectoire, ne ronger que des os comme des chiens , coucher au coin d'une cuisine, fonner les cloches , & laver les écuelles , c'estoit l'occupation des Novices de cette Maison , & de toutes les autres des Chanoines Reguliers de Lorraine. Le tems qu'il emploia

a l'estude de la Theologie en l'Université de Pont-à-Mousson après avoir prononcé ses Vaux, donna quelque relâche à ses maux; mais à peine fut-il retourné en son Abbaïe , que le demon fâché de voir la vie exemplaire qu'il menoit dans cette Maison, suscita contre lui trois ou quatre débauchés , qui ne pouvant souffrir la censure de leurs vices dans l'éclat de ses vertus, lui firent tous les affronts possibles. Ils vinrent souvent aux injures , le frappoient rudement , & attenterent mesme à sa vie en mettant du poison dans le

pot

où il avoit accoustumé de faire cuire des legumes, dont il ne mangeoit qu'une fois le jour. Mais il fut preservé de ce peril par la providence de Dieu , qui lui donna une fi grande horreur de quelques saletés qu'il apperçut dans son manger , qu'il ne lui fut pas pollible d'en goûter. Depuis ce tems-là une bonne femme d'un Village voisin lui apportoit tous les jours autant qu'il en falloit pour ne pas mourir de faim.

Il demeura jusqu'à l'âge de trente ans parmi ces persecutions domestiques sans jamais se plaindre. Mais ses parens emploierent leurs amis pour le tirer de cette misere & travaillerent si efficacement, qu'en mesme tems ils lui firent presenter trois Benefices , celui de Nomeny , la Curę de saint Martin de Pont-à-Mousson, & celle de Mataincourt , avec son an

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VIL DUR.P.

nexe de Hymont. Il ne voulut rien accepter sans avoir conFOURIER.

sulté son Directeur le Reverend Pere Jean Fourier de la Compagnie de Jesus, son parent , sur le choix qu'il devoit faire de ces trois Benefices. Il lui repondit que s'il desiroit des richelfes & des honneurs, il falloit prendre l'un des deux premiers ; mais que s'il vouloit beaucoup de peine & peu de recompense, il le trouveroit à Mataincourt. Il n'en falut

pas

davantage pour determiner ce saint homme, il accepta la Cure de Macaincourt, & en obrint la permission de fon Abbé le vingt-sept May 1597.

Il trouva dans cette Paroisse tant de defordres , qu'on appelloit ordinairement ce lieu-là la petite Geneve. Le Christianisme y estoit presque en oubli, la Melle Paroissiale ne s'y celebroit que les bonnes Festes. Les Sacremens de Penitence & d'Eucharistie ne s'y adminiftroient à peine que dans le tems de Pâques. L'Eglise estoit deserte , les Autels tous nuds & dépouillés , tandis que les Cabarets regorgeoient tous les jours de debauchés & de buveurs. Il y entra le jour que l'on celebroit la Feste du saint Sacrement, qu'il porta publiquemem en Procession avec une gravité & une modestie si ravissante, que ce Peuple qui n'avoit aucun goût des choses de Dieu & qui estoit touc enseveli dans le tombeau de la diffolution, ne puc s'empêcher d'en estre touché. Ce Saint homme faisoit des Cathechilmes deux fois la semaine , & outre ces Inftructions publiques, il en faisoit encore de particulieres dans les Maifons, allant de famille en famille pour leur apprendre & leur inculquer plus profondement les choses du salut , parcourant de la forte toute la Paroisse avec un courage infatigable, & un profit au-delà de tout ce qu'on peut dire & concevoir. L'on vit tout d'un coup un tel changement dans cette Paroille, que c'estoit une infamie d'entrer dans les Cabarets. Plusieurs personnes jeûnoient tous les Vendredis & Samedis ; d'autres se deroboient de leur famille pour prendre la discipline , & s'en alloient à leur travail & à la charuë la haire sur le dos. Ce n'estoit qu'Hospitalicé pour les Etrangers , que

charitě

pour les pauvres, qu'amour pour les voisins, & qu'une fainte éma. lation à qui meneroit une vie plus exemplaire , & plus Chrétienne.

Ils estoient animés par l'exemple de leur saint Pasteur qui travailloit à leur salut avec un zele qui ne se peut exprimer.

FOURIER.

A peine estoit-il jour qu'il entroit au Confessionnal, d'où il ne VIE DUR.P. sortoit que pour monter en Chaire pour donner quelques Instructions à ses Paroissiens; & il n'en estoit pas plustost sorti qu'il rentroit au Confessionnal , où il demeuroit fouvent jusqu'à neuf heures au soir , sans se donner aucun moment pour prendre sa refection. Ce Saint homme voïant que la fource de toutes les corruptions estoit la mauvaise education des enfans, il trouva que le možen le plus propre pour y remedier, estoit celui de faire ensorte que dès leurs premieres années on les pust élever & nourrir dans la connoissance, & dans la crainte de Dieu , & dans l'amour de la Religion, & qu'à cette fin il y eust des personnes de l'un & l'autre sexe, les hommes pour les garçons , & les femmes pour les filles, qui fussent chargés par Vou & par la Profession Religieuse à les instruire & à travailler sur ces jeunes cœurs comme sur de la cire molle, pour y imprimer toutes les marques de cette crainte, & de cet amour, & cela gratuitement, afin que par faute de biens ou de commodités temporelles, personne ne fust privé de cette education & de ces fruits, ( ce sont les paroles expresses de fon Institution. ) Cette resolution prise le vingt Janvier 1598. fut tenuësecrette jusqu'à ce qu'il plúst à Dieu de lui donner commencement en certaines filles de Mataincourt, qui degourées du monde par les Predications de ce faint Instituteur, furent les premieres qui donnerent naissance à l'Or dre de la Congregation de Notre-Dame. Mais comme iltravailloit fortement à leur establissement & à la Reforme des Chanoines Reguliers, dont nous avons parlé dans le Chapitre precedent ; ce qui l'avoit obligé de s'abfenter de la Paroisse, qu'il avoit laissée sous la conduite d'un Vicaire fort vertueux, les démons unis ensemble y firent un étrange ravage, plus de quarante personnes furent possedées de ces malins esprits.

Čes tristes nouvelles lui aïant esté porcées, il en fut sensiblement touché ; & comme il aimoit ses Paroissiens plus tendrement qu'un pere n'aime ses enfans , il quitta toutes fes affaires pour courir à leur secours. Ce malheur fut suiviquelques années après d'un

autre , qui fut celui de la guerre, qui menaçoit de tout desoler , il predit à ses Religieuses une grande disette & les avertit de faire quelque reserve & provifions de grains.

Comme il estoit pour lors General de la Congregation , il

FOURIER.

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V1F DUR P. resolut de visiter ses deux Religions, afin de rassurer son troupeau parmi les troubles & les confusions de la

guerre. Comme il alloit de Bar-le-Duc à saint Mihel , pour se retirer ensuite à Pierre-Mont, il fut rencontré par des voleurs, qui le contraignirent de retourner sur ses pas. Mais ne sçachant où aller pour chercher un lieu de sureté, il vint à tout hazard à Mataincourt , pour voir encore une fois les habitans qu'il avoit quitté de droit par

sa Profession ; mais non pas de ceur, ni d'affection. Il demeura quelque-tems dans ce Village , qui n'aïant ni portes, ni murailles , fut bien-toft en la posfellion des Soldats, qui le contraignirent d'en sortir , & allant d'un costé & d'un autre pour chercher un azile , il arriva enfin l'an 1636. à Gray dans le Comté de Bourgogne , comme dans un port d'emprunt. Il y vêcut comme un inconnu, sans!aucune aslistance & sans aucun credit, Il secourut les pestiferés, cathechisa les plus ignorans , & tout cassé qu'il estoit , il enseignoit à lire & à écrire aux enfans, jusqu'à ce que le douze Octobre de l'an 1640. il fut attaqué d'une fieyre quarte , qui l'aïant fait languir quelque-tems le fit enfin mourir , à l'âge de 76. ans le neuf Decembre de la mesme année.

Je ne m'arrêterai point à décrire ses vertus en particulier, il suffit de dire qu'il les a toutes possedées dans la perfection, on peut

les voir amplement descrites dans sa vie que plusieurs Auteurs nous ont donnée. Son corps aïant esté porté de Gray en Lorraine, les Habitans de Maraincourt firent bien paroistre l'estime qu'ils avoient pour leur ancien Pasteur ; car le corps aïant reposé en passant dans leur Eglise , ceux qui le conduifoient ne voulant demeurer qu'une nuit en ce lieu,les Habitans ne voulurent jamais permettre qu'on enlevast de leur Eglisece précieux Tresor, protestant de perdre plustostla vie, que leur Pere,&qu'on ne l'emporteroit qu'en les foulant aux pieds.C'est

lieu

que ce faint homme opere continuellement des miracles,&où on accourt de toutes parts pour honorer ces saintes Reliques , quoique l'Eglise n'ait encore rien determiné sur sa sainteté : mais on attend incessamment fa Beatification qu'on poursuit à Rome, les informations estant toutes faites , n'y aïant plus que le Pape à prononcer.

Voïez sa vie par le Pere Bedel, & Hermant , establissement des Ordres Religieux.

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dans ce

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CHAPITRE

܀

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