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Chanol court travailloit à l'agrandissement de la Congregation , n'euf-
DE NOTRE sent arresté le cours de ses entreprises.
SAUVEUREN Il y en a qui leur disputent la qualité de Chanoines Regu-
liers à cause de cette banderolle de lin , que ceux-là

pretendent n’estre pas l'habit des Chanoines Reguliers , & j'ai vû en l'année 1698. estant à Rome, dans la Sacristie de l'Abbaïe de faint Laurent extra muros , qui appartient aux Chanoines Reguliers de la Congregation de saint Sauveur de Boulogne, un tableau nouvellement fait pour lors , qui represente tous les Chanoines Reguliers dans les differends habillemens de chaque Congregation, estant au milieu d'un Cercle , où ils font introduits par ceux de la Congregation de saint Sauveur de Latran. L'on y voit d'un costé un Chanoine de Notre-Sauveur en Lorraine en posture de suppliant , le bonnet quarré à la main , qui demande d'entrer parmi les autres, & un Chanoine de Latran lui faisant figne de la main que cela ne se peut pas. L'on y voit ausli d'un autre costé un autre Chanoine à la banderolle , ( comme il y en a plufieurs en France , & en Allemagne , outre la Congregation de Lorraine , ) qui estoit entré par adresse dans ce cercle, & qu'un Chanoine de Latran chasse dehors en le poussant par les épaules, c'est ce que les curieux qui iront à Rome pourront remarquer

dans certe Sacristie de faint Laurent.

Cependant le Pere Bedel Chanoine de la Congregation de Notre-Sauveur, dans la vie qu'il a donnée du Pere Fourier leur Reformateur , où il parle de l'origine & du

progrès de cette Reforme , marque que la dispense de porter ainsi ce petit rochet ou banderolle sur la soutane a esté en usage pendant plusieurs siecles , & confirmée par des Bulles de l'an 1512.

C'est aussi le sentiment de Penot , & il y en a encore plufieurs Hift. trip. en France, en Allemagne, & en Flandres, qui portent cette lib.2. capo Banderole & ne vivent point en Congregation estant foumis

aux Evesques. Il y en a en Allemagne qui ne lient point à costé cette banderolle ; mais qui la laissent pendre entierement , & il y a une petite bande, comme au scapulaire des Chartreux, qui tient aux deux costez de la banderolle. Ceux de NotreSauveur en Lorraine ont pour armes d'azur à l'image de Notre-Sauveur tenant un monde dans sa main, & outre les Maisons qu'ils ont en France & en Lorraine, ils en ont autti quelques-unes en Sayože.

Penot

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Chanoine Regulier à la banderole,

en quelques Monastères d'Allema ane .

118.

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voïez Bedel, vie du R. P. Fourier, du Moulinet , figures des VIE DUR. P.

FOURIER. differends habillemens des Chanoines Regul. Schoonebek, Hist. des Ord. Relig. Hermant , establissement des Ord. Relig. & Philipp. Bonanni , Catalog. Ord. Relig. part.I.

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Vie du Reverend Pere Pierre Fourier, appellé vulgairement

de Mataincourt, Reformateur des Chanoines Reguliers en
Lorraine, Instituteur des Religieuses de la Congregation
de Notre-Dame.
l’Est avec justice que le Reverend Pere Pierre Fourier
doit avoir

rang parmi les Fondateurs d'Ordres , puisqu'il a donné naissance à deux illustres Congregations , qui font celles des Chanoines Reguliers de Notre-Sauveur dont nous venons de parler , & celle des Religieuses de la Congregation de Notre-Dame, dont nous rapporterons l'origine & le progrès dans le Chapitre suivant.

Il nâquit à Mirecourt en Lorraine le trente Novembre 1565. de parens mediocrement pourveus des richesses de la cerre'; mais beaucoup avantages de celles du Ciel. Dès ses plus tendres années, il fit paroître beaucoup d'inclination pour la pieté. Son plus grand plaisir estoit de dreffer des Oratoires, de les embellir, de les parer , & il s'y retiroit tous les jours après le repas pour y faire les prieres , & imiter toutes les Ceremonies qu'il voïoit pratiquer à l'Eglise, ce qui obligea son pere de le pousser dans les estudes , l'aïant envoié pour cet effet à Pont-à-Mouflon , ou il acheva ses Humanités avec un tel progrès , qu'outre la langue Latine qu'il possedoit parfaitement, la Grecqueʼlui estoit aussi familiere que

la ternelle.

La vie qu'il mena eftant écolier est tout-à-fait admirable & extraordinaire pour un jeune homme ; car souvent il se deroboit du lit pour coucher sur des fagots, il portoit la baire ; & toutes les fois qu'il pouvoit se cacher de ses Compagnons, il prenoit la discipline jusqu'à l'effusion de sang. Ses Parens lui aïant envoie un Cheval, pour venir paller les vacances à

ma

YIE DUR P. Nanci, il le mena par la bride, & pour se mortifier fit le vorage FOURIER.

à pied , par les bouës & les eaux dont le chemin estoit rempli. Il ne mangeoit qu'une fois le jour sur les huit ou neuf heures du soir, & des viandes si grossieres & en si petite quantité, qu’un morceau de falé de deux livres lui a duré cinq semaines entieres ; de sorte que son pere aïant fçu cette maniere de vivre , & craignant que

& craignant que l'indiscretion sous pretexte de pieté ne lui ravist cet enfant, qu'il aimoit tendrement , il le vint trouver exprès pour lui en faire une forte reprimende, & lui commanda absolument de moderer ses austerités.

Il ne beuvoit point de vin , & il s'est repenti le reste de ses jours d'avoir fait, à ce qu'il disoit , une débauche & commis un grand crime le jour de saint Nicolas, que les Ecoliers ont coustume de se divertir entr'eux. Ils se mirent trois ou quatre ensemble, & contribuerent pour faire une somme de douze deniers , dont ils acheterent du vin , & le burent de compagnie : la quantité ne pouvoit pas estre bien grande vu la mo dicité de la somme , cependant c'estoit un excès pour lui, dont il se repentic toujours.

Il se confessoit & communioit deux fois le mois , tous les jours il servoit une ou deux Messes avec tant de modestie & d'attention, que tous les aslistans en estoient edifiez. Ilavoit ses heures reglées pour la priere, & quittoit pour cela toutes autres occupations. Estant entré en Philosophie à l'âge de dixsept ans, la capacité le fit rechercher par les premiers de la Province pour prendre le soin d'instruire , & d'élever leurs enfans. Il ne refusa pas cet offre; au contraire aïant fait attention que Dieu lui offroit par-là un moïen de le servir , il fit un voiage à Mirecourt , pour communiquer ce dessein à sa mere, & lui demander son consentement ; car fon

pour lors decedé. L'aïant obtenu il s'en retourna bien joieux ,

& reçut sous sa conduite la jeunesse qui lui estoit amenée de toutes parts. Illa gouverna avec tant de sagesse & par un ordre fi judicieux, qu'il continua ce service à la Province l'espace de deux ou trois ans, pendant lesquels, aïant achevé sa Philosophie, il prit la resolution de se consacrer à Dieu en embrassant l'état Religieux.

Il choisit, au grand étonnement de tout le monde , l'Ordre des Chanoines Reguliers,à qui il ne restoit plus en Lorraine de sa premiere gloire que le seul habic qui le déguisoit en mille

pere estoit

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