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leur conduite,& les obligations de leur estat ausquelles il vouloit qu'ils s'engageassent en reformant tous les abus qui s'ef- CHANOI. toient introduits dans cette Maison. Mais le nom de Reforme DE LA RES efaroucha les Religieux , qui voulant vivre dans le deregle- CHANCE ment comme ils avoient commencé, mirent tout en ulage LADE. pour s'opposer aux bonnes intentions de ce faint Reformateur. Son oncle mesme l'ancien Abbé,qui y devoit donner les mains & approuver cette Reforme, fut le premier à s'y opposer ; mais le jeune Abbé toujours inflexible le crut obligé d'envoïer les anciens Religieux dans les Benefices dont ils estoient pourveus & qui demandoient refidence. Son oncle s'estoit déja retiré dans le Prieuré de Born dependant de l'Abbaïe , avec une pension qu'il s'estoit reservée. Il contraignit les autres d'en faire de mesme, & il n'y en eut qu'un seul qui se soumit à la Reforme. Ce fut le P. Pierre Lauve qui en procura mesme l'avancement, aïant esté emploïé pendant trente-sept ans, soit en qualité de Vicaire General de l'Abbé, soit en celle de Prieur de Chancellade , ou comme Visiteur des Monasteres de sa dependance.

Le Reformateur receut ensuite des Novices avec lesquels il commença à vivre en commun. Il regla les heures de l'Office, principalement celle de minuit pour les Marines. Il determina une heure pour

l’Oraison mentale, & generalement pour toutes les Observances Regulieres. Il estoit le premier à tout afin d'animer les autres par son exemple. Il failoit sa semaine au Chưur. Il servoit à table à son tour, & il n'y avoit point d'offices bas & hunilians qu'il n'exerçast avec plaisir comme s'il avoit esté le moindre de tous. Ainsi commença la Reforme de Chancellade l'an 1623. dans le tems que la Congregation de Notre Sauveur du mesme Ordre prit naissance en Lorraine par

le zele du R. P. Pierre de Matincourt,comme nous dirons dans le Chapitre suivant.

Ces petits commencemens ne sembloient pas promettre beaucoup,& l'on crut que l'Abbé de Chancellade ne viendroit jamais à bout de ses desseins , & que les travaux eftoient inutiles. Cependant il vint en peu de tems de tous costés un grand nombre de jeunes gens pour remplir ce Monastere & y vivre fous la conduite dece saint Superieur,dont plusieurs font morts en odeur de sainteté. Quoique la Regle de saint Augustin soit douce , & que les

E e e iij

1

FORME DE
CHANCEL-
LADE,

CHANOI, conseils que l'on y trouve tendent plus à regler les mouvemens
DE LA RE=* de l'esprit qu'à châcier le corps ; néanmoins la ferveur des Re-

ligieux de Chancellade estoit si grande dans ces commence-
mens , qu'ils pratiquoient volontairement des austerités sur-
prenantes, L'on voïoit des marques de l'abstinence sur leurs
visages attenués. Leurs corps eltoient affoiblis par le retran-
chement volontaire des choses necessaires. Les murailles de
leurs chambres, souvent teintes de sang, donnoient à con-
noistre qu'ils n'épargnoient pas leurs bras en prenant la dif-
cipline. La modestie qu'ils observoient au Chưur & en toutes
rencontres a souvent servi de charmes pour attirer à la Reli-
gion des Seculiers qui en les voïant se sentoient interieure-
ment poussés à changer de vie. On eut dit à les voir dans le
Chæur que c'estoit des Statues vivantes & animées d'un ef-
prit divin , qui sans se mouvoir poussoient leurs voix vers le
ciel

. La curiosité estoit bannie de cette sainte Maison. On n'y
parloit point de nouvelles du monde. Les recreations ne se pal-
soient point en discours vains & inutiles. La premiere demie-
heure estoit emploïée à parler de l'Ecriture sainte & de la lec-
ture spirituelle que l'on avoit entenduë au Refectoire ; &
pendant l'autre demie-heure, on s'y entretenoit de science,
excepté les jeunes Profez & les Novices, qui ne devoient par-
ler

que de choses spirituelles. On y observoit un silence exact,
on ne voïoit personne aller par la Maison , sinon les Officiers,
chacun se tenant retiré dans la chambre. La pauvreté y estoit
grande, on n'eut pas trouvé une feuille de papier inutile dans
une chambre. Chacun avoit sa table , son lit , son prié-Dieu,
sa chaise, & les livres précisement necessaires. Il n'y avoit point
de chambre qui fermất à clef que celle du Superieur , afin que
chacun pust avec sa permission prendre ce qu'il avoit besoin.
C'estoit une pratique de ne rien retenir qui fust superflu ; &
fi l'on avoit quelque chose le matin dans sa chambre , qui
ne dust servir que le soir , on ne vouloit pas
der durant le jour , & on le remettoit en commun.

L'Abé de Chancellade ne donna d'abord des Reglemens que
de vive voix, mais il les redigea ensuite par escrit dans les
Constitutions qu'il fit pour sa reforme , & qui contiennent
dix Chapitres. Le premier regle tous les exercices de la jour-
née. Le fecond traite de l'Ofice divin. Les trois suivans pres-
crivent tout ce qui est necessaire pour une exacte & parfaite

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mesme le gar

,

CHANCEL
LADE,

&

ز

Observance des trois Væux de pauvreté , de chasteté, & d'o- CHANOI béïllance. Le fixiéme recommande le foin de l'homme inte-NES REGUE rieur & l'exercice de l'Oraison mentale. Dans le septiéme il FORME DE est parlé de la mortification. Le huitiéme regle l'habillement que l'on doit porter. Le neuviéme comprend quelques Reglemens pour les voïageurs , & enfin le dernier contient diverses Observances & pratiques communes. Outre cela il drella des Regles particulieres pour les Officiers , lesquelles ne furent pas inferées dans les Constitutions, parce qu'ayant d'en rien ordonner il voulut reconnoître leur bonté par leur usage

par une longue experience. Deux choses pouvoient beaucoup prejudicier à la Reforme de Chancellade & la ruiner dans la suite des tems ; l'une fi les Chanoines avoient la liberté de prendre des Benefices sans permission de leurs Superieurs ; & l'autre si les Abbés de ces Monasteres n'estoient pas pris du corps des Chanoines de la mesme Reforme ; mais le saint Reformateur pourveut à ces deux inconveniens. Pour remedier au premier, il obligea les Religieux après les Vaux solemnels de faire un serment entre les mains de l'Abbé,de ne rechercher jamais ni par soi, ni par autrui , ni directement, ni indirectement aucun Benefice; mais de se laisser gouverner en cela comme en toutes autres choses par leur Superieur. A l'égard du second inconvenient, il presenta une Requefte au Roi Louis XIII. dans laquelle il infor=' moit Sa Majesté du restablissement de l'ancienne discipline de son Abbaïe, & des benedictions que Dieu respandoit tous les jours sur la Reforme, la priant de vouloir fe demettre de fon droit de nomination à cette Abbaïe & de la rendre élective. Ce Prince voulant favoriser la Reforme accorda ce que l'Abbé demandoit ; & par ses Lettres Patentes du mois de Novembre 1629. enregistrées au Grand-Conseil le fept Janvier de l'année suivante , il ordonna que la dignité Abbatiale de Chancellade venant à vaquer par le decés ou par la dentiflion volontaire de l'Abbé,les Chanoines Reguliers de cette Abbaïe feroient choix de trois Religieux Profez de cet Ordre qui auroient esté élevés en la Reforme, pour estre presentés à Sa Majesté, afin qu'elle en nommât un des trois pour estre Abbé, voulant que les Religieux jouiffent de ce droit tant qu'ils vivroient & demeureroient dans la Reforme. Après un fi heureux succés le faint Reformateur ne pen.

CHANOIFORME DE

LADE.

loit qu'à travailler à l'avancement de la Reforme ; mais il fug DE LA SERIE prié par le Cardinal de Richelieu, & par le P. Joseph Insti

tuteur de la Congregation des Religieuses Benedičtines du CHANCEL- Calvaire , de faire la visite des Monaiteres de cette Congre

gation. Il en receut la Commission l'an 1629. & s'en acquita
avec beaucoup de satisfaction de la part des Religieuses ; mais
il n'eut pas plūtost fini certe visite, que le Cardinal de la Ro-
chefoucaut, qui , comme nous avons dit ailleurs, avoit esté
nommé Commissaire Apostolique par le Pape Gregoire XV.
pour la reformation de plusieurs Ordres Religieux en France,
lui envoïa une autre Commission au commencement de l'an-
née 1630. pour visiter en son nom les Monasteres de Chanoi-
nes Reguliers situés dans les Dioceses de Perigueux, de Li-
moges, de Xaintes , d'Engouleme , & de Maillezais ; ce qu'il
fit aussi.
is Ces emplois firent connoître de plus en plus les vertus de
ce saint Abbé. Il fut establi la mesme année par un Arrest du
Conseil , Adininistrateur de l'Abbaïe de la Couronne en En-
goumois , jusqu'à ce que la Reforme y eust esté introduite,ce
qui fut fait peu de tems après ; car il envoïa une Colonie dans
cette Abbaïe de Chanoines Reguliers de Chancellade qui y
firent de grands fruits ; & comme il n'y restoit plus de vel-
tiges des lieux Reguliers , le Reformateur y alla lui-mesme
pour faire travailler à un Dortoir qui fut balti aux depens de
l'Abbaïe de Chancellade. Peu de tems après il passa un Con-
cordat avec le Prieur de saint Gerard de Limoges , qui fut
approuvé par le Cardinal de la Rochefoucaut , & autorisé par
Lettres Patentes du Roi. Il y envoïa de ses Chanoines , &
commença aussi-toft à faire bastir l'Eglise. Son intention estoit
d'y establir un Noviciat , & d'y faire un Seminaire de l'Or-
dre , mais les choses changerent dans la suite, & ce Prieuré
avec l'Abbaïe de Notre-Dame de la Couronne furent incor-
porés à la Congregation de France.

L'année suivante l'Archevesque de Bordeaux Henri d'Efcoubleau de Sourdis Abbé Commendataire de Notre Dame de Sablonceaux en Xintonge, demanda des Chanoines de la Reforme de Chancellade pour peupler son Abbaïe qui estoit presque deserte , ce qui lui fut accordé. L'Abbé de Chancellade passa un Concordat avec lui , & lui envoïa douze Religieux. Après ces establissemens il se presenta d'autres occa

NES REGV
LIERS DE LA
REFORME
DE CHAN

fions de porter la mesme Reforme en d'autres Monasteres. CHANOCLes Chanoines de saint Ambroise de Bourges témoignerent au faint Abbé qu'ils souhaitoient avoir de ses Religieux. L'Evesque de Pamiers Henry Estienne de Caulet lui en deman- CELLADE. da aulli

pour

l'Abbaïe de Foix. M. Olier Curé de saint Sulpice à Paris & Abbé de Pebrac en Auvergne fit beaucoup d'instances

en avoir , & on en demandoit en d'autres endroits , mesme jusques dans les Païs-Bas. Mais comme dans ce tems-là les Chanoines Reguliers de la Reforme du R.P. Charles Faure avoient esté unis en Congregation par le Cardinal de la Rochefoucaut , sous le titre de Congregation de France, on voulut aussi unir à cette Congregation les Maisons de la Reforme de Chancellade. Quelques Religieux Profez de cette Reforme y donnerent les mains, & le Cardinal de la Rochefoucaut, comme Commissaire Apostolique , ordonna que les Abbaïes de Chancellade, de Sablonceaux, & de la Couronne , avec le Prieuré de saint Gerard de Limoges, seroient unis à la Congregation de France. L'Abbé de Chancellade s'opposa à cette union , & on plaida en plusieurs Tribunaux pour en empescher l'effet. Dans le cours du procès, quelques Religieux de la Couronne & de saint Gerard , ennuïés du gouvernement de l'Abbé de Chancellade , appellerent les Religieux de la Congregation de France , & se trouvant les plus forts , ils chasserent ceux qui ne voulurent point quitter la Reforme de Chancellade.Enfin ce procès ne fut terminé que plusieurs années après la mort du Reformateur, & l'an 1670. il y eut un Arrest rendu au Conseil Privé, qui ordonna que les Religieux des Abbaïes de Chancellade, de Sablonceaux , de saint Pierre de Verteuil au Diocese de Bordeaux , du Prieuré de Notre-Dame de Cahors mateur avoit fondé estant Evesque de Cahors, comme nous dirons dans la suite , & du Prieuré de faint Cyprien au Diocese de Sarlat , seroient maintenus dans leurs anciennes observances & manieres de segouverner, conformément à la Reforme de Chancellade qui y avoit esté introduite, sans que les Religieux de la Congregation de France pussent les inquieter , ni les contraindre de s'unir à eux , en vertu des Sentences du Cardinal de la Rochefoucaut ; & qu'il ne seroit pas permis à l'Abbé de Chancellade de prendre de nouvelles Maisons de l'Ordre. Tome II,

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, que le Refor

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