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CHANOI-
NES REGL'L.
DE LA RE-
FORME DE
CHANCEL-
LADE.

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Des Chanoines Reguliers de la Reforme de Chancellade en

France , avec la vie de M. Alain de Solminiach Evefque de Cahors & Abbé Regulier de Chancellade leur Reformateur.

1

Daines

Es le commencement du douziéme siécle, quelques

saints Ecclesiastiques s'estant retirés dans une Solitude a une lieuë de Perigueux auprès d'une fontaine appellée Chancellade , fons Cancellatus , à cause qu'elle estoit entourrée de treillis de fer , ils y menerent une vie Eremitique sous la conduite de Foucaud Abbé de Celle-Frouin de l'Ordre de saint Augustin, & y bastirent un petit Oratoire qu'ils dedierent à la sainte Vierge. Cet Oratoire & le Cimetiere furent benis par Guillaume de Blanche-Roche Evesque de Perigueux qui aïant cedé à ces Ermites l’Eglise de Born, & un autre lieu appellé Bord ; les obligea de prendre la Regle de saint Auguftin & leur donna pour premier Abbé Geraud. Pour lors ils jet'terent l'an 1128. les fondemens d'une belle Eglise , & de tous les lieux Reguliers de cette Abbaïe qui fut appellée NôtreDame de Chancellade, & l'an 1133. ils firent profession de la Regle de saint Augustin, & prirent l'habit de Chanoines Reguliers

. Il y en avoit ordinairement vingt-deux , mais Tallerand de Perigord Evesque d'Auxerre, Cardinal , Legat en France & qui avoit esté Abbé de Chancellade , ordonna par fon Testament de l'an 1364. que ce nombre seroit augmenté jusqu'à soixante, leguant à chacun des trente-huit qu'il fondoit cent florins d’or de rente, & les faisant en outre Legataires Universels du reste de ses meubles, ses Legs testamentaires acquités.

Dans le quinziéme siécle cette Abbaïe fut ruinée par les Calvinistes qui reduisirent en cendres tous les lieux Reguliers à la reserve des infirmeries ; & aïant porté leurs mains facrileges jusques sur les choses les plus facrées, ils abatirent aulli l'Eglise dont il ne resta aucun vestige. Les revenus avoient déja esté alienés ou usurpés par la negligence de ceux qui de

Eee

ORBIDAD CENTRAL

RECHO

Tome II.

el3 OTECA

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FORME DE

CHANCEL-,

LADE.

au

CHANOI. voient en avoir soin , & afin qu'on ne pust les recouvrer on DE LA RF-* avoit pillé les archives & enlevé les titres. Le spirituel estoit en

core dans un estat plus deplorable que le temporel, & au lieu de soixante Chanoines qu'il devoit y avoir dans cette Abbaïe, & qui donnoient mesme des Religieux à l’Abbaïe de Fontenelle Diocese de Luçon , à plusieurs Prieurés dans les Dioceses de Bordeaux, de Perigueux, de Sarlac & de Rhodez qui fe disoient tous de l'Ordre de Chancellade & se trouvoient tous à ses Chapitres Generaux , il n'y avoit dans cette Maifon l'an 1617. que l'Abbé avec trois Chanoines, dont toute l'occupation estoit la Chasse ou le jeu. Au lieu du concours du Peuple qui se trouvoit autrefois en ce lieu dans les solemnités, l'on y voïoit des assemblées de Gentilhommes , qui aidoient à manger le peu de revenu qui restoit. L'Office Divin estoit entierement negligé. On ne connoisloit les Religieux que par leur habit ; & quoiqu'ils fiffent veu de pauvreté, ils avoient tous de l'argent dont ils disposoient à leur volonté. Chacun se gouvernoit à la fantaisie , & on eut pris cette Maison plustôt pour un lieu de libertinage que pour un Monastere.

Tel estoit l'état deplorable de cette Abbaïe lorsqu'Alain de Solminiach , sur la demission d'Arnaud de Solminiach son on

le Roi Louis XIII. Son pere Alain de Solminiach Seigneur de Belet , estoit un Gentilhomme qui joignoit à la noblesse beaucoup de pieté, & sa mere Marguerite de Marquessac ne cedoit en rien à son mari, ni pour la vertu, ni pour la noblesse. Il nâquit au Chasteau de Belet a deux lieuës de Perigueux le cinq Novembre 1993. & fut élevé dans la Maison paternelle jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Ses parens qui le destinoient pour le monde, lui firent apprendre tous les exercices convenables à la naissance. Estant âgé de dix-sept ans, & aïant appris qu'il y avoit à Malte beaucoup de Chevaliers François qui portoient les armes pour la défense de la foi contre les Infideles, il fut interieurement poussé d'embrasser cet estat , & à s'engager dans cet Ordre Militaire. Le plus grand plaisir qu'il restentoit estoit d'entendre parler des belles actions des Chevaliers de Malte, & des services considerables qu'ils rendent à l'Eglise. Mais Dieu avoit d'autres desseins sur lui & le destinoit pour eftre l'un des Reformateurs de l'Ordre des Chanoines Regaliers , & l'un des plus grands Prelats de la France,

fut pourveu par

cle, en

NES REGUL.
DE LA RE-
FORME DE
CHAN CEL-
LADE,

L'Abbé de Chancellade fon oncle avoit fait eltudier son fre- CHANOIre aîné dans la pensée de lui donner son Abbaie , mais en aïane receu quelque mecontentement , il le renvoïa. Il en appella un autre auprès de lui qui ne reussit pas mieux que le premier, & fut renvoïé de mesme ; enfin on lui amena Alain de Solminiach qui estoit le plus jeune de ses freres, dont il fut si fatisfait qu'il le choisit pour son Succeslur. Il se demir de son Abbaïe entre les mains du Roi, & supplia Sa Majesté d'en faire expedier le Brevet en faveur de son neveu , ce que ce Prince accorda.

Il avoit alors vingt deux ans , & n'avoit jamais eu la pensée d'embrasser cet etat. Cependant il ne fit aucune resistance, & receut le Brevet , non comme venant de la main des homines, mais comme venant de la main de Dieu. Dès lors il se sentit fortement inspiré de mettre la reforme dans cette Abbaïe & d'y restablir la discipline Reguliere. Ses Bulles estant arrivées de Rome , il prit l'habir des Chanoines Reguliers comme il estoit porté par la Bulle, & se mit en posfellion de l'Abbaïe. Il n'imita pas les Religieux dans leur dereglement. Il commença d'apprendre la methode de l'Oraison mentale qu'il fit ensuite tous les jours pendant une heure avec beaucoup de fidelité ; & quoiqu'il n'eust aucune ceinture des Lettres humaines , il s'appliqua à l'étude avec tant d'assiduité,qu'en moins d'un an il sceut parfaitement le Grec & le Latin, & fut capable d'entrer en Philosophie. Son Novitiat eftant achevé , il se consacra à Dieu par les trois Voeux de Religion. Peu de tems après il partit de Chancellade au mois de Septembre 1618. & vint à Paris, où il étudia en Philosophie au College d'Harcourt , & fit ensuite son cours de Theologie fous les fameux Professeurs M.M. Gamache & du Val, qui conserverent toujours pour lui une estime particuliere , & il fit sous leur conduite un si grand progrés dans cette science, qu'il fut capable de l'enseigner quelques années après à ses Religieux.

Comme il meditoit toujours la reforme de son Monastere, il voulut avant que de l'entreprendre travailler à sa propre perfection. Pour cet effet dans le cours de ses études, il choisit pour Directeur le P. Gaudier de la Compagnie de Jesus, sous la conduite duquel il fit une retraite de dix jours , & ce Directeur lui apprit tout ce qu'il falloit faire pour s'avancer dans

CHANCEL-
LADE.

CHANGI-, la vertu. Il joignit à la priere & à la meditation, les austea
DE LA RE-" rités & les mortifications. Dabord il retrancha quelque chose
FORME DE, de sa nourriture ordinaire. Il jeûna trois fois la semaine, quel-

que reins après la semaine entiere, & se reduifit enfin au pain
& à l'eau, montant ainsi de degrez en degrez à cette absti-
nence admirable qu'il a pratiquée toute sa vie. Cette rigueur
extraordinaire dura cinq ou fix ans ; mais l'Evesque de Bazas
qui avoit beauconp de credit sur son esprit, obtint de lui,
après d'instantes prieres, qu'il prendroit deux fois la semaine
du
potage

& des oeufs , & rougiroit son eau avec un peu de vin.

Ses études estant achevées,il se retira dans son Abbaïe pour y jetter en mesme tems les premiers fondemens de la Reforme & des lieux Reguliers ; ce fut au mois de Septembre 1622. qu'il y arriva ; mais avant que de rien entreprendre il voulut recevoir la benediction Abbatiale dont la ceremonie fut faite l'an 1623. par l'Evesque de Perigueux François de la Beraudiere. A peine cette ceremonie fut-elle achevée que tout rempli de zele pour cette sainte Maison dont l'état deplorable lui touchoit sensiblement le. chậur, il ne voulut plus differer à lui rendre son premier lustre. Il fit venir un Architecte pour faire les bastimens qu'il projectoit , & on lui deinanda cent mille livres. Cette somme paroissant excessive à nôtre faint Abbé, il fe determina à faire travailler à journée. Cependant il n'y avoit pas un sou dans la Maison, mais se confiant entierement à la Providence, il emprunta deux cens livres d'un bourgeois de Perigueux, & avec ce peu d'argent, il jetta la mesme année les fondemens d'un grand Dorcoir l'un des plus beaux qui soit en France. Aïant esté achevé trois ans aprés , il fit enluite rebastir l'Eglise qui estoit ruinée , donc il ne reltoit

que le Clocher & deux Chapelles. On travailla de mesme au Cloître , au Refectoire , & à tous les autres Offices de la Maison. Tout l'ouvrage fue mis en la perfection en foro peu d'années, & il n'y a personne qui en le voïant ne l'estiine cinquante mille écus, sans qu'on ait pû sçavoir d'où il avoit tiré une si grosse somme , qui apparemment lui avoit esté procurée

par de personnes pieuses & charitables qui n'avoient pas voulu eftre connuës.

Dans le tems que l'on travailloit à rebastir cette Abbaïe, il propola aux Religieux, les changemens qu'il youloit faire dans

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