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GULIERS

EN ITALIE.

plusieurs maisons de Chanoines qui en dependoient , & qui Charortous ensemble formerent une Congregation , qui dés ce temslà prit le nom de Latran,& eltoit separée de celle de saint Frig- DELATRAN, dien de Luques.

Ils possederent cette Eglise pendant plus de huit cens ans, depuis S. Leon I. jusqu'à Boniface VIII. qui aïant esté élevé fur la Chaire de S.Pierre l'an 1294. les obligea d'en sortir pour mettre des Seculiers à leur place. Pour lors la Congregation de Latran commença à diminuer , & s'esteignit peu de tems après, aïant perdu tous les Monasteres qu'elle possedoit , les uns aïant este secularisés, les autres aïant esté donnés à d'autres Ordres , comme celui de Grotta-Ferrata aux Moines de S. Basile.

Penot dit que les autres actions de Boniface VIII. rapportées par

Platine & les autres Historiens de sa vie , font assez connoistre les raisons qui le porterent à leur ofter l'Eglise de Latran. Il semble qu'il veüille accuser son avarice qui le vouloit faire profiter des grands biens qu'ils possedoient , & qui peut-estre servirent à augmenter ces tresors immenses qu'on lui trouva, lorsque Nogaret Gentilhomme François avec quelques chevaux du Duc de Valois, accompagné des Colomnes & de quelques autres Gentils-hommes de la faction des Gibelins, se faisît de la personne à Anagnie. Nous verrons dans un autre endroit l'adresse dont il se servit pour parvenir à la Papauté, & la maniere dont il agit envers son predecesseur, quii s'estoit démis de cette dignité, & que l'Eglise honore comme un Saint ; mais il ne faut pas nous éloigner des ChanoinesReguliers, qui furent restablis cent cinquante ans après dans cette mesme Eglise de Latran par Eugene IV. & comme la Congregation Frigdionienne ou de sainte Marie de Frifonaire, fut celle sur laquelle ce Pape jetta les yeux pour en tirer ces Chanoines, & qu'il voulue qu'elle fuft appellée dans la suite, de S. Sauveur de Latran, il està propos de rapporter son origine.

La Congregation Frigdionienne ou de fainte Marie de Frifonaire , est differente de celle de S. Frigdien de Luques, dont nous avons déja parlé, quoique ce ne soit qu'à cause de ce Saint qu'elle ait elté appellée Frigdiomenne; car l'on pretend qu'estant Evefque de Luques, il fit bâtir à trois milles de cette Ville une Eglise sous le nom de Notre-Dame , qui par suco

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le

CHANOI- cession de tems à cause de fon Fondateur , a esté appellée sainte

Marie Frigdionienne, & par corruption Frifonaire. LATRAN, EN Cette Eglise avoit toûjours esté desservie par des Chanoines

Reguliers , qui s'estoient rendus recommendables par la fain-, teté de leur vie ; mais leurs successeurs au quatorziéme siécle s'estoient bien esloignés de leur csprit

. A peine trouvoiton chez eux des traces de la Discipline Reguliere , temporel estoit aussi mal administré que le spirituel, & ce qui reltoit des revenus qui avoient esté autrefois considerables, ne suffisoit pas pour l'entretien de trois Religieux qui s'y trouvoient en 1382.

L'Evesque de Luques y aïant fait la Visite cette mesme année, avoit tâché d'y apporter quelque reforme. Les Religieux y avoient consenti , & avoient mesine tenté plusieurs fois d'executer un li bon dessein ; mais bien loin d'y pouvoir réüslir, les frequents passages des arınées & plusieurs parcis qui estoient souvent venus piller le Monastere , les avoient contraints de l'abandonner pour le refugier dans la ville.

Comme ils persistoient toujours dans leur resolution, Dieu envoïa à leur secours un sainc homme, qui a esté le Reformateur des Chanoines Reguliers en Italie, & à qui l'on a donné le titre de Fondateur de la Congregation de sainte Marie de Frifonaire. Il s'appelloit Barthelemy Colomne de cette ancienne famille des Colomnes en Italie , fi connuë par sa noblesse par les grands hommes qu'elle a domés à l'Eglise & dans les armées, & par la charge de grand Connestable du Roïaume de Naples, qui lui est hereditaire. Parmi ceux qui en sont fortis, il s'en elt trouvé beaucoup qui ont preferé l'humilité & une vie pauvre & retirée à tous ces avantages que les gens du monde estiment tant. L'Ordre de S. François fe glorifie d'en avoir eu trois, qui s'y sont renduës celebres par la sainteté de leur vie, qui font les Bienheureuses Catherine, Marguerite & Seraphine Colomne; & sans parler des autres Ordres, celui des Chanoines Reguliers a eu Dom Barthelemy Colomne, quieltant né de parens si illustres, ne manqua pas d'estre élevé dans tous les exercices qui regardent la noblesse , mais il ne s'appliqua qu'à ceux qui conviennent veritablement à un Chrestien. La grandeur de sa maison ne l'ébloüit pas.

Il ne se flata

pas de l'esperance de pouvoir posseder un jour ces pre.mieres dignités, dont les Ancestres avoient esté revêtuss & s'il

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embrassa l'Etat Ecclesiastique, ce ne fut que pour servir

Dieu CHANDIplus parfaitement. Il se contenta à cet effet d'un simple Canonicat , dont il remplit les devoirs avec une fidelité irrepro- Latran,en chable.

Quoique Dieu lui eust donné de grands talens pour la Predication, il fut neanmoins un assez long-tems fans les faire valoir , pendant lequel il s'appliqua à l'estude de l'Oraison & de la Meditation. Mais considerant l'estat déplorable ou l'Eglise estoit reduite par le schisme qui la desoloit depuis plusieurs années , & qui estoit continué par l'Antipape Benoist XIII. contre le veritable succefleur de S. Pierre Boniface IX. & pour me servir des mesmes termes de Nicolas de Clamengis dans la remontrance qu'il fit au Roy Charles VI. au nom de l'Université de Paris touchant ce Schisme ; voïant que l'Eglise estoit toute défigurée, que les choses facrées estoient foulées. aux pieds , que les vices se multiplioient , que les crimes demeuroient impunis par la tolerance de ceux qui , pour fe maintenir dans la Papauté, apprehendoient qu'en les punissant, leur parti ne diminuất: & enfin que la barque de S. Pierre au milieu de la tempeste , estoit preste à perir , il quitta fon païs, ses parens , les amis ; & s'arınant du zele de l'ainour de Dieu & du salut des ames , il entreprit de combattre les vices qui regnoient si fort, en preschant la parole de Dieu, faifant par tout des conversions merveilleuses , & exhortant tous les Fideles à s'unir ensemble sous un mesme Chef

Il vinc premierement en Tofcane, de-là passant par l’Emilie, il s'arresta long-tems dans la Marche Trevisanne, où il fit un assez long séjour , ausfi-bien qu'à Padouë & à Vicenze. Non seulement plusieurs pecheurs touchés vivement par la force de ses predications , changeoient entierement de vie . & fe convertissoient à Dieu par une fincere penitence ; mais. mesme plusieurs Eccleliastiques delirant embrasser un estat de vie plus parfait , entrerent dans des Ordres Religieux , ou en establirent de nouveaux..

Entre les autres, Dom Gabriel. Gondelmaire , dont nous avons déja parlé sous le nom d'Eugene IV. qu'il prit, lorsqu'il fut élevé au Souverain Pontificat , & Dom Antoine Core raire, nobles Venitiens, cous deux neveux de Gregoire XII.furent du nombre des Fondateurs de la Congregation des Chanoines de faint Georges in Algba ; & Louis Barbo. aufli í

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ITALIL.

CHĂNOI noble Venitien , qui fut dans la suite Evesque de Trevise, en

tra dans l'Ordre de S. Benoist, où aïant restabli la Discipline LATRAN,En Monastique qui avoit fouffert beaucoup de relâchement en

Italie, il fonda la celebre Congregation de sainte Justine de Padouë. Nous ne devons pas oublier le fameux Jurisconsulte Alberic Avogadri Gentilhomme de Bergame, qui renonçant à toutes les vanités du siécle, se fit Religieux dans l'Ordre de S. Dominique , & n'osant pas esperer de pouvoir parvenir aux Ordres sacrés, à cause qu'il estoit Bigame, il se contenta de l'humble condition de Frere Laïc ; mais comme il estoit redevable de sa conversion à Barthelemy Colomne , il reçut peu d'années après par ses mains l'habit de Chanoine Regulier dans le Monastere de sainte Marie de Frifonaire , aussi-toft qu'il y vit la Reforme establie par les soins du Pere Barthelemy qui dans le cours de la million estant venu à Luques , où il apprit les bonnes intentions de ces Chanoines,qui,comme nous avons dit, souhaitoient embrasser une vie plus reguliere; visita - leur Monastere, dont la situation qui se trouvoit au milieu d'un bois, lui

parut si favorable au dessein qu'ils avoient de vivre dans la retraite & dans la solitude , qu'il les exhorta à la perseverance, tandis

que

de son costé il iroit leur chercher des compagnons pour les aider dans leur entreprise. C'est

pourquoi il retourna dans la Marche Trevisane , & passa ensuite dans la Lombardie, ne cessant point de prescher par tout la Penitence. Il fit de si grands fruits , que parmi ceux qui se convertirent à Dieu , il y eut plusieurs personnes Religieuses qui resolurent d'embrasser la Reforme qu'il s'estoit proposée; de ce nombre furent Leon de Carat Milanois, & Thadée de Bonasco, tous deux Chanoines Reguliers de S. Pierre au Ciel d'Or de Pavie , qu'il envoïa à sainte Marie de Frisonaire

pour y commencer cette Reforme , ce qui a fait dire à quelques Auteurs qu'ils étoient les Fondateurs de cette Congregation.

Estant arrivés à Luques, ils trouverent dabord de grandes difficultés, tant à cause que ce Monastere estoit dépourvû de tout ce qui estoit necessaire pour l'entretien des Religieux , que parce qu'estant depuis quelques années sous la Jurisdiction de l'Evefque, ils ne pouvoient y entrer ni rien entreprendre sans fa permission ; mais l'aïant à la fin obrenuë , ils jetterent les premiers fondemens de cette Refor

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me CHANINES REGU

LATRAN EX
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pour estre

me sous le Pontificat de Boniface I X. l'an 1401. · L'année suivante Barthelemy vint dans ce Monastere de Fri- liers de fonaire avec un compagnon, & y aïant reçu l'habit, il fut aussitost elû Prieur : il y eut ensuite plusieurs personnes qui reçûrent l'habit par ses mains, entre lesquels fut le Frere Jacques Avogadri nommé auparavant Alberic, dont nous avons parlé; qui non seulement en avoit obtenu la permission de son General ; mais avoit encore esté dispensé de son Irregularité par le Pape jusqu'au Diaconat. Barthelemy n'eut pas plustost fini le tems de la Superiorité, qu'il le prit avec lui son compagnon dans le cours de ses predications.

Pendant son absence les Religieux se trouverent dans une si grande pauvreté, que manquant de tout ce qui estoit necellaire à la vie , ils avoient refolu d'abandonner ce Monastere; mais les Jesuâtes qui avoient un Couvent à Luques , en aïant eu connoissance, les exhorterent à la perseverance, s'offrant d'aller chercher l'aumosne pour eux par la ville & les lieux circonvoisins ; ce qu'ils firent avec tant de succès en donnant à connoître à tout le monde la sainteté de ces bons Religieux ; que non seulement ils eurent abondamment pour leur lubsistance; mais que par le moïen de ces aumosnes, ils restablirent entierement le Monastere dont les bâtimens tomboient en ruine, & en tres-peu de tems les revenus qui n'estoient pas à peine suffisans pour l'entretien de trois Religieux, s'augmenterent de telle forte, qu'il y en avoit assez pour trente.

La reputation qu'ils s'acquirent par la sainteté de leur vie, fit qu'on les souhaita dans plusieurs endroits, tant pour y

faire de nouveaux establissemens , que pour reformer d'anciens Monasteres. L'an 1405. un Bourgeois de Milan aïant dessein d'en fonder un dans une maison qu'il avoit proche de cette ville, en un lieu appellé Carosette , il y fit venir de ces Chanoines. Le Pape Gregoire XII. l'an 1407. leur donna l'Abbaïe de S. Leonard proche de Verrone; ils eurent en 1409. celle de Notre-Dame de la Charité à Venise ; & en 1412. celle de sainte Marie de Tremiti avec toutes ses dépendances, dont les Isles qui lui ont donné le nom, font partie ; & qui appartiennent à ces Chanoines qui y ont toute Jurisdiction fpirituelle & temporelle. Le nombre des Monasteres s'augmenta dans la suite, & il y en avoit déja quinze qui estoient unis à cette Congregation lorsque D. Barthelemy mourut. Tome II.

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