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Origrize Augustin tirée de son Epistre 109. elle se communiqua ensuite
NOINTS RE- peu à peu à quelques maisons de l'Ordre, jusqu'à ce qu'Inno-

cent II. dans le Concile de Latran l'an 1139. ordonna que
tous les Chanoines Reguliers le foûmettroient à cette Regle ;
& ce fut alors qu'ils prirent tous le nom de Chanoines Regu-
liers de l'Ordre de S. Augustin.

L'on vit après cela l'Ordre Canonique dans un estat forilsant, l'observance qu'on y pratiquoit le mit en reputation. Plusieurs Evesques retablirent la Regularité dans leurs Eglises. Ceux qui fondoient des Monasteres y mirent des Chanoines Reguliers,&

quelques-uns de ces Monasteres devinrent Chefs de celebres Congregations. Celles de S. Victor à Paris, de fainte Croix de Conimbre en Portugal, & plusieurs autres dont nous parlerons dans la suite , ne furent pas des moindres ornemens de cet Ordre , où le relâchement s'estant encore introduit dans la suite, a esté cause qu'il s'y est fait plusieurs reformes, dont la plus generale & qui regardoit tous les differens corps de Chanoines Reguliers, fut faite l'an 1339. par le Pape Benoilt. XII. qui dressa à ce sujet des Constitutions qui contiennent foixante-quatre articles ou paragraphes , qu'il voulut estre observés universellement.

Il y en a qui pretendent que ces Constitutions furent abroHifttrip. gées par Clement VI. successeur de Benoist. Penot qui a fait lien Reise, Hilfoire des Chanoines Reguliers de Latran , dit avoir vê

une copie des Lettres qui les annulent, & dont l'original est conservé dans le Monastere de Sainte Marie de Sarragoffe: cependant comme Boniface IX. a ordonné dans la suite la tenuë des Chapitres Provinciaux, conformement aux Constitutions de Benoist XI. & que Martin V. dispensa les Chanoines Reguliers de Latran de l'observance de ces Constitutions ; il y a bien de l'apparence qu'elles ne furent point annulées , & qu'elles ont fubfifté long-tems après.

Les Chanoines Reguliers ont de tems en tems des diffeDifcipl. Er-rents au sujet de la préseance qu'ils pretendent au dessus des def 4. pars Moines & des autres Reguliers, & que le P. Thomaffin leur 6:1,6.48. donne, comme faisant, dit-il, une partie du Clergé. Ils la pre

tendent non seulement par rapport à l'antiquité, comme aïant eu, à ce qu'ils disent , les Apoltres pour Fondateurs ; mais en

core en vertu d'une Bulle de Pie IV. qui accorda aux Chappines Reguliers de la Congregation de Latran, la préseance

Perot,

lib.
nda

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Thomass.

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GULIERS.

au dessus des Moines du Mont-Cassin. Mais il faut remarquer ORIGIN que

sous le Pontificat de ce Pape , ces Chanoines aïant fait NOINES REdes tentatives pour rentrer dans la possession de l'Eglise de S. Jean de Latran dont ils avoient efté chaffes plusieurs fois, comme nous le dirons dans les chapitres suivans, ils ne purent obtenir ce qu'ils souhaitoient, & le Pape les establit dans l'Eglise de Notre-Dame de la Paix à Rome, comme pour les consoler de ce qu'ils ne rentroient pas à S. Jean de Latran, & termina aussi en leur faveur le procès qu'ils avoient depuis près d'un siécle avec les Moines Benedictins de la Congregation du Mont-Callin, au sujet de cette préfeance qu'il accorda aux Chanoines Reguliers de Latran par une Bulle de l'an 1564. par laquelle il ordonna que dans les Processions & les actes publics, ils precederoient les Moines du Mont-Caslin, & que les Abbés de ces deux Congregations se trouvant sans leurs Religieux aux Conciles Provinciaux & Synodaux , & dans les actes publics & privés, où les Abbés ont droit de se trouver, ils prendroient le rang felon l'antiquité de leur promotion,& non lelon l'antiquité de leur Congregation. Mais cetre Bulle n'est qu'en faveur des Chanoines Reguliers de Latran seulement , & non pas des autres Congregations du mesme Ordre; ce qui est li vrai, que dans les Processions publiques qui font assez frequentes à Rome, les Chanoines Reguliers de S. Pierre aux Liens, qui sont de la Congregation de S. Sauveur de Bologne,font precedés par les Moines Benedi&ins du Mont-Cassin, les Camaldules, les Silvestrins, les Cisterciens, les Feuillans, les Moines de Vallombreuse, & ceux du Mont-Olivet.

Le P. Hugo Chanoine Premontré de l'ancienne Rigueur, dans la response à la replique des PP. Benedictins de la Congregation de S. Vannes en Lorraine, au sujet du differend qui estoit entr'eux touchant la préseance, dit qu'il n'estoit pas instruit de celles que les Moines d'Italie ont sur les Chanoines de faint Sauveur ; mais qu'il sçait que cela est contraire au droit, si le fait est tel qu'on le debite. Je ne pretends point examiner s'il est contraire au droit ou non ; mais je puis assurer le P. Hugo de la verité de ce fait pour en avoir esté temoin, comme ajant assisté pendant fix ans à ces Processions , &

pendant les Conclaves d'Alexandre VIII. &d'Innocent XII. le Clergé Seculier & Regulier de Rome, estant obligé d'aller aussi tous les jours en procession autant de teins que

dure lo

DES CHA-
NOINES RE-
GULIERS.

Origine Conclave jusqu'au jour de l’Election du Pape.

Les Chanoines Reguliers pretendent qu'il y a eu deux mille sept cens soixante - sept Cardinaux de leur Ordre. vingt mille cent trente-cinq Archevesques & Evesques, & plus de cent mille Abbés aïant l'usage de la mitre & de la crosse. C'est le calcul qu'en fait le P. le Paige dans sa Bibliotheque de Prémontré qu'il donna en 1633. Mais il y aura beaucoup à retrancher de ce nombre , si l'on considere qu'il n'y a pas eu peut-estre deux mille fept cens Cardinaux jusqu'à present.

Nous parlerons des differens habillemens des Chanoines Reguliers en parlant des differentes Congregations de cet Ordre. Nous donnerons icy seulement l'ancien habillement qui estoit commun à tous les Chanoines Reguliers dans le commencement de leur institution, c'est-à-dire à la fin du onzieme siécle & au commencement du douziéme, auquel tems les Chanoines prirent le nom de Reguliers, & se mirent sous la protection de saint Augustin qu'ils reconnurent pour leur Pere. Cet habillement consistoit en tout tems & en tous lieux en une Aube qui defcendoit jusqu'aux talons , & une aumuce qu'ils portoient sur les espaules en forme de manteau, ils avoient encore pardessus l'aumuce & l'aube une chape noir , à laquelle estoit attaché un capuce dont ils se couvroient la tête. D'abord la chape estoit fermée de tous costés, il n'y avoit qu'une ouverture sur l'estomac pour passer les mains ; mais dans la suite on la fendit par devant jusqu'en bas pour une plus grande commodité, & le capuce y fut toûjours attaché. Quant à la couleur de la robe, les uns la portoient noire, d'autres blanche, les uns prirent le rouge, d'autres le violet. En un mot, il n'y avoit point de couleur affectée pour les Chanoines Reguliers

. Le Pape Benoist XII. dans la reforme generale qu'il fit de cet Ordre, ordonna par sa Bulle de l'an 1339. que les Chanoines Reguliers ne pourroient se servir dans leurs habillemens

que des couleurs blanche, brune, noire ou presque noire. Le Cardinal de Volsey ordonna la même chose, lorsqu'en 1519. il reforma les Chanoines Reguliers d'Angleterre qui n'estoient d'aucune Congregation ; & comme ils avoient porté jusqu'alors la couleur noire, on les appelloit les Chanoines Reguliers noirs, pour les distinguer de ceux des Congregations de saint Victor, d'Aroïaise & de Premontré, qui eltoient dans le mesme Roïaume, & qu'on appelloit Chanoines Reguliers blancs.

DIS CHA-
NOINES RE-

Il est vrai que le Pape Benoist ne permit ces couleurs qu'aux ORIGINE Chanoines qui estoient en possession de les porter ,

& voulut qu'à l'avenir ceux qui voudroient faire des changemens dans GULIERS. leur habillement, prissent la couleur blanche : mais cela n'a pas empesché qu'il n'y en ait qui n'aïent pris des robes violettes, & des Congregations entieres des robes noires.

L'on peut voir par la figure de l'habillement d'un de ces anciens Chanoines Reguliers avec sa chape & son capuce, qu'il n'y avoit pas grande difference entre l'habit Canonial & l'habit Monachal, & l'un & l'autre n'estoient

pas

differens de celui des Ecclesiastiques, & même de celui des Laïques: car Dom Claude de Vert remarque que cette longue chape n'estoit De Vere; dans son origine qu’un capuce ou capuchon, fervant à couvrir Explication la tête : proprement un coqueluchon, cucullio ou cucullus, du nies de l'Emot Grec Koukoullion , & en premier lieu Kuklos, qui veut dire glife tom. 3. un cercle, parce que le capuce ou capuchon couvrant la teste, p. 280. forme en effet un cercle autour du visage. Ce capuce ou capuchon s'estendit bientôt après sur les épaules en forme de Icapulaire, ou plustoft en maniere de mantelet ou camail, puis il tomba sur les reins & sur les genoux comme le portent les matelots, qui appellent cette espece de capuce un capot ; & on le nomme aulli cape de Bearn. Enfin il descendit jusqu'en bas couvrant & enveloppant toute la personne, telle est encore la cape qu capot des sentinelles , le pluvial ou chape Ecclefiaftique, la chape des Cardinaux, des Evesques, des Chanoines Seculiers & Reguliers , des Religieux de l'Ordre de S. Dominique, des Chartreux & autres. Dom de Vert s'est trompé, lorsqu'il dit que telle est encore la chape commune & ordinaire du Pape ; puisqu'il n'y a que la seule nuit de Noël. que Sa Sainteré porte un capuchon & une cape de velours rouge: ainsi c'est plustost son habillement extraordinaire ; car pour habit ordinaire, il a toûjours une soutane de soye blanche, un rochet à dentelles par dessus, l'esté un camail de fatin incar

& l'hyver, un camail de velours rouge avec le bonnet de mesme, qui elt doublé d'hermine, aufi-bien

que

le camail; mais dans les fonctions publiques il a la calotte blanche fous la mitre ou la tiarre , & a toujours une estole au cou. Cela s'appelle l'habit privé du Pape ; & quand les Cardinaux sont habillés de violet , comme l'Avent, le Carême & les jours de jeûnes , le Pape porte la foutane de laine blanche , & le camai

nat,

GVLIERS.

ter par,

ORIGINE de drap rouge, parce qu'il ne change jamais de couleur dans NOINES RE- ses habits, excepté depuis le Samedy Saint jusqu'au Diman

che In albis , qu'il porte le camail de damas blanc. Lorsqu'il est en mitre , il porte une chape , qui n'est autre que celle que nous appellons pluvial, & au lieu de mitre il ne porte qu'une mante de drap rouge le jour du famedy Saint.

D'abord cette chape des Chanoines & de tous les Ecclesiastiques,qui n'estoit dans son origine qu’un capuce ou capuchon fervant à couvrir la teste, estant insensiblement tombée sur les épaules & des épaules sur les reins, & ensuite jusqu'aux talons, traisia enfin jusqu'à terre: en sorte que les Chanoines qui s'en servent encore l'hyver , font obligés de la retrousser sur les bras; & celle des Cardinaux est li longue , qu'ils la font

pordes Officiers qui font nommés Caudataires. Elle fut changée en manteau par les Laïques , & le collet de ce manteau n'est autre , conime remarque Dom de Vert , que le capuce renversé sur le manteau le long des espaules , & ce qu'on nomme presentement Porte-manteau chez le Roi, s'appelloit autrefois Porte-chape. Les Chanoines aïant enfin entierement quitté l'ufage de la chape allant par la ville, ont pris celui du manteau.

Cette chape qui, comme nous avons fait voir , estoit autrefois fermée de tous coftés , n'aïant qu'une ouverture par devant pour passer les mains , estoit incommode ; c'est ce qui fit appareinment qu'il y eut des Ecclesiastiques qui en porterent ,

où il y avoit des manches , & qui n'estoient autres que la coulle & cuculle des Moines, c'est ce qui obligea le quatrieme Concile de Latran, tenu sous le Pape Innocent III. l'an 1215. de deffendre aux Clercs de porter ces fortes d'habillemens ni à l'Eglise ni ailleurs: Cappas manicatas ad Divinum officium intra Ecclefiam non gerant, nec alibi, & les obligea d'en porter qui fussent fermées de tous costés:Clausa deferant desuper vestimenta , nimia brevitate vel nimia longitudine non notanda.

Les anciens Statuts Synodaux du Diocese de Coutances,

qui peuvent avoir esté faits peu de teins après ce Concile par Martene, l'Evefque Courad'd’Andegs, ordonnent la mesme chose , & Colle&t.nov.ce Prelat se plaint de ce qu'il y avoir des Prestres qui alloient v't. fcrip.

par leurs Paroilles avec des especes de foutanelles fenduës par devant,&qui n'avoient pas de honte de se prefenter en cet équipage devant lui, ressemblant pluftoft à des arbalestriers & à des

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tom.1.p.358.

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