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ORDRE DU
S. ESPRIT

PELLIER

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Il a cru que ce n'estoit pas assez d'avoir fait remonter l'aria DE MONT- çiquité de cet Ordre jusques à sainte Marche , mais qu'il fal

loit encore montrer comme il avoit toûjours subsisté depuis ce tems-là. Il cite pour cet effet une Bulle de Leon X. du dix Janvier 1519. par laquelle ce Pape reconnoist qu'il subsistoic du tems de Jean III. l'un de ses predecesseurs. Il suppose qu'un certain Guillaume de Fontaine-claire General & Grand-Maistre de cet Ordre , estant allé de Montpellier en Espagne pour у faire la visite , s'attira l'estime de Ferdinand Premier Roi de Castille, qui aïant obtenu par ses prieres & par celles des Religieuses du saint Esprit de Salamanque une victoire considerable sur les Maures , donna à ces Religieuses la Commanderie d'Atalaïa & de Palomera appartenant à l'Ordre de saint Jacques , suivant le Væu qu'il en avoir fait , & il rapporte tout au long en langue Castillane, la donation qui en fut faite par ce Prince en date du quinze Novem

bre 1030.

Il fait ensuite tenir un Chapitre General à Montpellier au mois d'Aoust 1032. indiqué par ce Guillaume de Fontaineclaire à la follicitation d'Antoine Perez son Vicaire General & Official, & de Jean de Rochefort Grand-Prieur de la Province d'Aquitaine, où l'on cita personnellement Dom Ferdinand de Cordouë Grand - Prieur de la Province de Galice pour y venir rendre compte de ce qui s'estoit paffé au Chapitre Provincial de cet Ordre tenu à Salamanque au moisd'Aoust 1031. Enfin il cite des Lettres Patentes accordées par Henry II. Roi de France à l'Hôpital de Montpellier, par lesquelles il paroist que cet Hôpital est le premier de la Chreftienté, qu'il a esté fondé par un de nos Rois qui alla à Rome, où à la follicitation du Pape qui gouvernoit pour lors l’Eglise , il fonda en cette ville un autre Hôpital sous le nom du faint Esprit.

Voila les principales preuves que la Trau de la Terrade apporte pour prouver l'antiquité & la continuation de son Ordre. Mais Mariana & Turquet dans leurs Histoires d'Espagne , prétendent que le Privilege accordé aux Religieuses du Monastere du saint Esprit de Salamanque l'an 1034. par le Roi Ferdinand,& non pas l'an 1030. comme dit la Terrade,est faux & contrefait, parce qu'il est eserir en langue Castillane moderne, & que l'on y compte l'année depuis la naissance de Notre

50. Chanoine Régulier et Hospitalier
de l'Ordre du S'Esprit en France, en habit di Choeur l'hyver.

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EISLOTECA

DERT

ORDRE DO tous

S. ESPRIT

Seigneur ; ce qui ne peut estre , puisque tous les actes les titres, & les lettres se faisoient en latin, & que l'on com- De Mont. ptoir depuis l'Ere de Cesar; outre qu'on y donne à Dom Ferdi- PELLIER, nand le titre de Grand-Seigneur de Biscaye & de Roi de Leon, ce qui en montre plus évidemment la fausseté

, parce qu'il n'a jamais esté Roi de Leon, & par consequent ne pouvoit pas accorder aucun privilege à ce Monastere de Salamanque qui a esté sous la jurisdiction de Leon où en l'an 1034. qui est la veritable date de ce prétendu privilege,regnoit Dom Bermond troisiéme.

Les autres preuves que ceux qui prenoient la qualité de Chevaliers de cet Ordre ont apportées pour en faire voir l'antiquité., & que dans fon origine il estoit militaire ( lorsqu'on leur a disputé cette qualité) ne font pas meilleures; car ils ont prétendu que faint Lazare frere de fainte Marthe & de fainte Marie Magdelaine , en avoit esté le premier General ou Grand Maistre. Ils se font imaginés que sainte Marie Magdelaine avoit auffi fondé plusieurs Maisons de cet Ordre; delorte que Lazare & fes fours occupés aux faints exercices de l'hospitalité , recevoient gratuitement les pelerins qui venoierit à Jerufalem pour y adorer les sacrés vestiges du Sauveur du monde, &

que cette societé s'estant augmentée par un grand nombre de personnes qui en y entrant consacroient leurs biens au sera. vice des Hôpitaux , il s'en forma un Ordre Militaire pour alsurer les chemins aux pelerins qui venoient à Jerusalem.

Mais sur quelle autorité appuoïent-ils leurs pretentions ? sur celle d'un ancien Breviaire de l'an 1553. où dans l'une des Leçons de la Feste de sainte Marthe, il est dit que pendant que Magdelaine s'appliquoit entierement à la devotion & à la contemplation , Lazare s'adonnoit davantage à l'exercice de la

guerre & que Marthe qui estoit fort prudente přenoit le soin des affaires de son frere & fournissoit aux soldats & aux domestiques ce qu'ils avoient besoin ; Dum autem Magdalena devotioni & comtemplationi fe totam exponeret, Lazarus quegse plus Militia vacaret, Martha prudens & fororis & fratris partes Strenwegubernabat dimilitibus ac famulis sedulè ministrabat. Ainsi il avoient cru trouver dans les mots de Militié & Militibus l'origine de leur Milice. Mais les Histoires qui se trouvent dans les Breviaires, principalement dans les anciens , ont-elles toutes de la certitude ? & les changemens qui ont esté faits tant

PELLIER

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ORDRE DŲ de fois dans les legendes contenuës dans les Breviaires ne sontDE MONt. ce pas des preuves que l'on y recevoit anciennement le vrai

comme le faux, & que ces legendes estoient pleines de quantité de fables qui avoient comme étouffé la sincerité de l'Hiftoire ? ; M. de Blegny,qui prend la qualité de Commandeur & d'administrateur General de cet Ordre , dans un projet d'Histoire des Religions Militaires qu'il donna en 1694. & qui n'est proprement que pour faire voir l'antiquité de l'Ordre Militaire du saint Esprit, cite aussi pour preuve de son antiquité un de - ces anciens Breviaires de l'an 1514. où il est parlé de Lazare comme Chef d'une milice ; & après avoir fixé la premiere époque del'etabliffementde cetOrdre sur l'autorité de ceBreviaire: » Lazare ( dit-il) estant arrivé en France se proposa de remettre

sur pied le Corps de milice qu'il avoit commandé à Jerusalem, » & fit prendre les armes à ceux de la Congregation qui por

toient sur leurs habits une croix blanche de trois parties,dont » la principale qui estoit l'arbre oule tronc, representoit Lazare » comme Chef de leur Compagnie, & les deux autres qui ef» toient les traverses ou croisons', designoient les deux læurs » comme personnes subordonnées. Les pelerins 'exposés par de

longs vorages devoient à leur vigilance la sureté qu'ils trou». voient fur les chemins & le secours qu'ils trouvoient dans les

Hopitaux. Cet Ordre devint ficelebre qu'il s'estendit bientôt » dans les païs Etrangers. Il passa premierement dans le Roïau» me de Naples où ces hospitaliers s'establirent à Pouzzol, & ensuite à Rome.

Les titres de l'Ordre n'ont pas apparemment conservé à M. de Blegny tous les noms des premiers Generaux successeurs de Lazare; car il passe tout d'un coup à l'année 493. en laquelle il dit que Luc de Briquel estoit General ; qu'il eut pour successeur en 498. Cecile de Mondragon ; qu'à celui-ci succeda Lucale Peirat ; & que ce fut à Jerôme de Trecis qui fut establi General en 573. que le Pape Jean II 1. adressa une Bulle. L'on est déja allez convaincu que toute l'antiquité que prétendoient les Chevaliers estoit imaginaire ; mais cette Bulle adressée

par Jean III. à ce prétendu Grand Maiftre en 573. en est une preuve,puisque ce Pape estoit mort en 572. Nous ne suiyrons pas les Chevaliers dans toutes leurs autres pretentions fur cette antiquité , qui nous conduiroient trop loin. Elles ef

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